 Bertie Ahern et Tony Blair |
Les Premiers ministres britannique et irlandais présentent mercredi à Belfast l'ébauche d'un plan d'application des accords d'avril 1998 aux dirigeants catholiques et protestants pour tenter de sauver le processus de paix avant les élections locales du 1er mai.
La mise hors-circuit de l'IRA (Armée républicaine irlandaise/catholique), la principale organisation clandestine irlandaise, exigée par les unionistes du dirigeant protestant David Trimble, reste au coeur des débats.
"Vont-ils désarmer? Vont-ils fermer boutique? Nous continuons de négocier avec Sinn Féin (ndlr: l'aile politique de l'IRA) mais ne savons toujours pas si ça va avoir lieu", indique une source gouvernementale irlandaise.
"Ils disent qu'ils préparent quelque chose" puis Gerry Adams, le président du Sinn Féin, déclare qu'il "encore trop tôt", regrette cette même source.
Pour accélérer les débats, Tony Blair et son homologue irlandais Bertie Ahern vont rencontrer un à un les partis nord-irlandais signataires des accords de paix mercredi après-midi au château d'Hillsborough, résidence ministérielle britannique, à 20 km à l'ouest de Belfast.
"Les deux Premiers ministres vont aborder les principes et les actes définitifs" nécessaires à un accord final "mais il n'y aura pas de projet d'accord, pas encore de document sur la table", confie le porte-parole du ministre britannique à l'Irlande du Nord Paul Murphy.
"Les débats risquent fort de se poursuivre après mercredi", souligne-t-il.
Les composantes d'une éventuelle formule d'accord reposent sur quatre points.
L'IRA devra mettre fin à toute activité paramilitaire et procéder à un démantèlement "significatif" de son arsenal.
Londres devra annoncer la "démilitarisation" progressive de l'Irlande du Nord avec le retrait des tours de guet sur la frontière entre les deux Irlande.
La réforme de la police nord-irlandaise devra être accélérée pour permettre au Sinn Féin d'envoyer des représentants à son conseil d'administration, reconnaissant ainsi ouvertement son impartialité.
Enfin, le gouvernement et l'assemblée devront être restaurés sur une base stable.
Mais l'élément nouveau des négociations est la création possible d'une commission de "vérification". "Pour l'instant, il n'y a rien à vérifier", rappelle le porte-parole de Paul Murphy.
"Mais il est clair que chacun veut être rassuré, que (...) les unionistes ne se contenteront pas de croire en de simples paroles de l'IRA. Et de la même façon, les républicains ne croient pas un mot de ce qu'avance le gouvernement britannique", ajoute-t-il.
"Les deux camps exigeront une forme de vérification des actes entrepris" mais la méthode "n'a pas encore été fixée", dit-il.
Une fois que le processus est engagé, "il peut être utile de s'assurer qu'il continue, d'où l'idée d'une confirmation ou vérification", confirme le porte-parole du ministre irlandais des Affaires étrangères. "Mais nous n'avons toujours pas de réponse à la question centrale".
Avec ses propres termes, l'IRA devra donc convaincre Londres et les dirigeants protestants que sa "guerre est finie".
En octobre 2002, Londres a suspendu le gouvernement d'Irlande du Nord -où catholiques et protestants partageaient le pouvoir- après l'inculpation de quatre militants du Sinn Féin accusés d'espionnage.
Et aujourd'hui, le chef des unionistes d'Ulster David Trimble assure que "le jeu qui consiste à faire de la politique le jour et à changer son fusil d'épaule la nuit est terminé... Soyons clairs sur ce sujet".
Mais Gerry Adams exige lui aussi "la certitude" que les unionistes ne seront pas tentés une nouvelle fois de provoquer l'effondrement du gouvernement et de l'assemblée d'Irlande du Nord, à la moindre opportunité.