IRAN
Téhéran appelle les musulmans à s'opposer à un gouvernement "US" à Bagdad
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TEHERAN (AFP) - Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei a appelé samedi les pays musulmans à s'opposer collectivement au projet "colonialiste" d'installer un gouvernement "américain" à Bagdad.
"Comme tous les colonisateurs du XIXème siècle, les Etats-Unis essaient d'imposer un gouverneur américain en Irak", a déclaré l'ayatollah Khamenei lors d'un entretien avec le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), Abdelwahed Belkeziz, selon la télévision d'Etat iranienne.
"Les pays musulmans doivent mettre de côté leurs différends sur des questions subalternes et s'opposer collectivement à ce projet", a-t-il ajouté au moment où les Américains dénoncent les ingérences, voire les manoeuvres iraniennes chez son voisin irakien, autre pays majoritairement chiite.
Ces incriminations ne sont pas les seules des Américains à l'encontre de Téhéran : ils l'accusent également, de manière accrue depuis quelques semaines, de donner refuge à des membres du réseau terroriste Al-Qaïda, de chercher à posséder l'arme atomique et d'entraver la paix entre Israéliens et Palestiniens.
"Le monde musulman doit refuser tout gouvernement qui n'aurait pas été élu par les Irakiens eux-mêmes et s'en tenir à ce refus", a exhorté l'ayatollah Khamenei.
"Le principal objectif de ces impudents dans la région, c'est d'attenter à l'islam parce que l'adhésion des hommes et de leur pays à l'islam fait barrage à la domination des exploiteurs sur les pays musulmans", a-t-il ajouté, dénonçant les velléités hégémoniques des Etats-Unis et d'Israël sur le Proche-Orient.
"Les nations musulmanes n'ont pas d'autre choix que de résister aux ennemis de l'islam et cette résistance n'est possible que si les pays musulmans s'unissent", a-t-il insisté.
Parmi les innombrables mises en garde américaines aux Iraniens ces derniers jours, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld avait prévenu mardi que les Etats-Unis combattraient "fermement" tout projet de "refaire l'Irak à l'image de l'Iran". Il a renchéri jeudi en affirmant que l'Iran tentait d'organiser l'opposition aux forces américano-britanniques en Irak, par des émissions radiophoniques et l'infiltration de Gardiens de la révolution, membres de l'armée idéologique de la République islamique.
Le lendemain, la radio de la coalition américano-britannique s'est alarmée de l'entrée en Irak "d'intégristes sous commandement étranger" avec "des intentions agressives".
Ces informations coïncident avec celles de la presse américaine selon lesquelles le Pentagone envisagerait de fomenter un soulèvement populaire en Iran pour déstabiliser le régime islamique ou de soutenir les Moudjahidine du peuple, opposants iraniens réfugiés pour une grande part en Irak et combattant par les armes les dirigeants religieux de Téhéran.
Le ministre iranien des Affaires étrangères Kamal Kharazi a "ri" vendredi des accusations d'ingérence dans les affaires irakiennes. Lui aussi a accusé les Américains de vouloir "priver les Irakiens de leur droit le plus élémentaire, qui est de décider eux-mêmes de leur avenir" et de vouloir "installer un gouvernement américain" à Bagdad.
ericjeanloicbreton |
Ajouter un commentaire | 2003-05-31 12:49:04 PermalienETATS-UNIS, IRAN, IRAK
Vendredi 30 mai 2003
INTERVIEWS DE BUSH
DIPLOMATIE Avant la tournée qu'il entame aujourd'hui, le président américain a détaillé pour «Le Figaro» le rôle qu'il entend jouer dans le réglement de la crise israélo-palestinienne
George W. Bush : la «conduite négative (française) n'influencera en rien ma politique à l'égard de la France et de l'Europe. Je veux une Europe libre, unie et en paix.»
(Photo AFP)
George W. Bush : «Je peux faire pression sur Ariel Sharon»
A la veille de sa nouvelle tournée internationale, George W. Bush s'est entretenu avec cinq journalistes représentant les pays où se rendra le président américain. Pour la France, c'est Le Figaro qui a été choisi. Etaient également reçus à la Maison-Blanche, les envoyés spéciaux des journaux polonais Gazeta Wyborsza, russe Moskovsky Komsomolets, égyptien al-Ahram, saoudien al-Hayat.
Propos recueillis à Washington par Charles Lambroschini
[30 mai 2003]
LE FIGARO. – Le problème israélo-palestinien va dominer votre voyage. Vous vous faites l'avocat d'un plan de paix très complet. Mais les peuples du Proche-Orient restent sceptiques. Ils craignent que les États-Unis n'aillent pas jusqu'au bout de leur engagement. Quelle est votre réponse ?
George W. BUSH. – Je comprends les doutes du Proche-Orient, je comprends les doutes du monde. Le conflit israélo-palestinien dure depuis si longtemps ! Alors, tant que nous n'aurons pas assisté à l'émergence d'un Etat palestinien, l'opinion restera sceptique. Mais je suis absolument décidé à aller jusqu'au bout car la politique étrangère des Etats-Unis ne se limite pas à défendre des intérêts. Elle exprime des valeurs. Nous voulons la paix. Or cette région du monde n'aura la paix que si elle connaît la liberté. Pour les Palestiniens, cette liberté signifie la création d'un Etat. C'est un effort parallèle à celui que nous menons en Irak, où notre armée est intervenue pour rendre sa liberté au peuple irakien. Il n'y a que les terroristes que je m'avoue incapable de convaincre. Les Palestiniens et les Israéliens doivent comprendre que la paix et la liberté ont d'autant plus de chances de s'épanouir qu'elles ne sont pas un don des Américains mais le don de Dieu. Il faut qu'une maman palestinienne puisse voir grandir ses enfants avec la perspective d'un avenir de prospérité. Il faut qu'une mère israélienne puisse aller au marché avec ses enfants sans risquer de les voir tués ou mutilés par une bombe.
Etes-vous prêt à agir pour mettre un terme à l'expansion des colonies de peuplement israéliennes ?
Un Etat palestinien devra être viable. C'est dans cette perspective qu'il faut traiter le problème des colonies. L'expansion de ces installations est en contradiction avec nos efforts pour l'émergence d'un Etat palestinien.
Vous exigez que le premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas, lutte contre le terrorisme. Mais êtes-vous prêt à faire aussi pression sur Ariel Sharon ?
Bien sûr que je le peux. Je peux faire pression sur Ariel Sharon. Si j'avais peur de prendre les décisions nécessaires pour faire avancer le processus, je ne ferais pas ce voyage au Proche-Orient. Il est essentiel que le nouveau premier ministre palestinien se soit engagé à combattre les terroristes. Il peut réussir à arrêter le terrorisme, surtout s'il est soutenu par l'ensemble du monde arabe. Un kamikaze pourra toujours réussir à s'infiltrer. Mais il est exclu que les attentats puissent faire dérailler le processus de paix. Nous ne permettrons pas que les desseins malveillants de quelques individus parviennent à détruire les espoirs de tant de gens. C'est une question de leadership. Le résultat ne dépend donc pas seulement des Israéliens et des Palestiniens. Ni des Américains. Il faut aussi compter avec les Egyptiens, avec les Saoudiens, avec les Jordaniens...
J'ai été très impressionné par la nouvelle équipe palestinienne. Notamment le ministre des Finances palestinien, Salam Fayyad, que j'ai rencontré et qui m'est apparu comme absolument déterminé à lutter contre la corruption. Dans le passé, l'aide internationale au peuple palestinien n'avait servi qu'à enrichir une petite élite véreuse. Je n'accepterai jamais de fermer les yeux sur ce genre de comportement. Yasser Arafat a eu toutes les occasions de conduire son peuple vers la paix. Il n'en a rien fait. Moi, je n'oublie pas ce que mon prédécesseur Bill Clinton lui avait offert à Camp David.
L'engagement des Israéliens en faveur de la «feuille de route» ne risque-t-il pas d'être annulé par les réserves qu'a exprimées Ariel Sharon ?
La seule réserve des Israéliens, c'est l'exigence de la sécurité. Il n'y aura pas d'avancée si nous n'avons pas cette garantie. Mais une fois le terrorisme contenu, au fur et à mesure que la sécurité de la région s'améliorera, nous verrons émerger des institutions démocratiques. Les Israéliens et les Palestiniens retrouveront la tranquillité et la prospérité si nous empêchons les tueurs de faire obstacle à la paix.
A Charm el-Cheikh, quelles mesures concrètes espérez-vous de vos interlocuteurs arabes ?
Les relations bilatérales entre l'Egypte et les Etats-Unis sont anciennes. L'engagement américain est très fort, notamment sur le plan financier. Je n'hésiterai donc pas à parler avec mon ami le président Moubarak des réformes économiques qui sont nécessaires à l'Egypte. Nos relations personnelles sont si bonnes que, de son côté, il ne devra pas hésiter à me confier ce qui le préoccupe. J'aurai aussi un tête-à-tête avec le roi de Jordanie, ce qui me permettra de le remercier pour le soutien qu'il a apporté à notre intervention pour libérer l'Irak. Avec tous ces dirigeants arabes, je parlerai des responsabilités qu'ils partagent avec les Etats-Unis dans la poursuite de la paix. La décision la plus constructive que peuvent prendre les pays arabes, c'est de couper les ressources financières qui alimentent le terrorisme. Les Etats-Unis attendent de leurs partenaires arabes qu'ils participent tous aux efforts pour en finir avec le conflit israélo-palestinien. Enfin, je crois très important que les responsables arabes me voient, que nous nous regardions droit dans les yeux pour qu'ils puissent constater ma détermination à faire avancer les chances de paix. Je leur rappellerai que j'ai été le premier président des Etats-Unis à déclarer à la tribune des Nations unies que le règlement du conflit israélo-palestinien passait par la création d'un Etat palestinien coexistant avec Israël.
Les Américains ont gagné leur guerre contre l'Irak. Mais aujourd'hui, les Irakiens ne connaissent que le chaos. Combien de temps va durer l'occupation de ce pays par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ?
Vous parlez comme si l'insécurité régnait partout. Ce n'est pas vrai. L'anarchie est limitée à Bagdad et à la région au nord de la capitale. Ailleurs, les progrès sont visibles chaque jour. Nous sommes conscients des difficultés du peuple irakien, qui attend le retour à la vie normale. Tous ces gens veulent la sécurité au quotidien, de la nourriture sur leur table, des lampes allumées, des égouts qui fonctionnent. Sur tous ces sujets, nous avançons chaque jour. Le peuple irakien a connu l'esclavage pendant une génération sous la main de fer d'un tortionnaire. Grâce à nous, les Irakiens ont été libérés. Je trouve donc injuste que vous employiez le mot d'occupation. Les Etats-Unis et leurs alliés ont fait la guerre pour que les Irakiens puissent instaurer leur propre gouvernement, pour que le pétrole irakien permette de financer la reconstruction de l'Irak.
Tout cela prend du temps. Rappelez-vous que les Américains n'ont achevé de rédiger leur Constitution que treize ans après l'indépendance. Nous ne resterons que le temps pour les Irakiens d'arriver à se diriger eux-mêmes. Nous n'avons pas l'intention d'être des occupants. Encore une fois, nous ne voulons rien d'autre que le gouvernement des Irakiens, par les Irakiens, pour les Irakiens. Il y a des experts qui disent que les Irakiens ont toujours eu besoin d'une dictature. Je n'en crois pas un mot. Ils ont eu le malheur de vivre sous la botte d'un assassin comme le prouve le nombre incroyable de fosses communes que nous avons découvert. J'en reviens donc toujours à la même idée : comme tous les peuples du monde, les Irakiens ne rêvent que de liberté.
La guerre contre l'Irak a mis à mal la plupart des institutions internationales : l'Otan, l'ONU et l'Union européenne. Comment faire pour leur rendre leur efficacité ?
A l'avenir, je vois un rôle robuste pour l'Otan. Cette alliance devra évidemment se réformer. Pour moderniser son armement et pour s'adapter à des missions qui n'ont plus rien à voir avec sa vocation d'origine qui était de contrer la menace soviétique. L'Alliance atlantique doit maintenant se concentrer sur la paix et la liberté du monde, comme le démontrent sa présence en Afghanistan et son soutien aux activités de la Pologne en Irak. Même constat pour les Nations unies : elles devront être capables de répondre aux nouvelles menaces auxquelles nous devons faire face. Il faut donc que l'ONU commence par appliquer ses propres résolutions. Je l'avais déjà dit à la tribune des Nations unies pour le premier anniversaire des attaques terroristes du 11 septembre. Pour être exact, j'ai même répété douze fois que l'ONU devait respecter ses décisions. Il ne sert à rien de faire des discours, s'ils ne sont pas suivis d'effet. Quant à l'Europe, je le répète, je la veux unie, libre et amie des Etats-Unis.
Pousseriez-vous les réformes jusqu'à accepter la Russie dans l'Otan et dans l'Organisation mondiale du commerce ?
En ce qui concerne l'Otan, la solution viendra en son temps. Mais il faut commencer par mettre en oeuvre le cadre que nous avons conçu. Cette formule marque un grand progrès et témoigne des qualités du leadership de Vladimir Poutine. Malgré le désaccord que nous avons eu sur l'Irak, nous pouvons aller de l'avant. Nous devons aller au-delà de nos excellentes relations personnelles pour bâtir une relation stratégique qui couvre tous les sujets clefs. Qu'il s'agisse de la sécurité, mais aussi de l'énergie, ou de l'agriculture, il est essentiel que nous parvenions à régler les divergences avant qu'elles ne deviennent des problèmes. Je suis heureux de voir qu'aujourd'hui, le contentieux le plus grave entre Washington et Moscou porte sur les exportations de poulets américains vers la Russie. Quand on pense qu'il n'y a pas si longtemps nos querelles portaient sur les missiles intercontinentaux, je me félicite du progrès accompli. L'entrée de la Russie dans l'Organisation mondiale du commerce dépend d'abord des décisions internes qu'elle devra prendre pour pouvoir se conformer aux principes de l'OMC. Mais il est dans l'intérêt national des Etats-Unis qu'elle devienne membre de cette organisation. Nous soutenons la candidature de Moscou.
Quel est le but de votre escale en Pologne ?
Depuis que je suis président, ce sera mon second voyage dans ce pays. Je me réjouis que la Pologne ait pu retrouver sa liberté et ce sera pour moi l'occasion de rappeler les valeurs que nous avons en commun. En même temps, je soulignerai que nous ne devons pas oublier les leçons du passé. Je travaille encore sur le discours que je prononcerai à Auschwitz. Il est clair que le mal continue d'empoisonner le monde et que pour triompher nous devons lutter tous ensemble. Il est très important que nous rejetions l'antisémitisme. Mais la condamnation de ceux qui rejettent l'islam est tout aussi essentielle. Au lendemain des attaques terroristes du 11 septembre, j'ai tenu à me rendre dans une mosquée pour adresser un signal délibéré au monde musulman. Je voulais dire que les Américains sont un peuple tolérant et qu'ils respectent toutes les religions. Que donc ils ne condamnaient pas la religion islamique pour des actes commis par quelques individus égarés. L'islam n'est pas responsable de la mort des innocents tués le 11 septembre. Je me rends à Auschwitz pour dire que nous devons lutter tous ensemble pour empêcher la répétition de telles horreurs.
A sa création, il y a près de trente ans, le G 7, élargi depuis à la Russie, avait pour but de coordonner les politiques économiques des pays industrialisés. Compte tenu du risque de déflation, y aura-t-il un plan de coordination à Evian, ou bien est-ce que ce sera chacun pour soi, avec les Etats-Unis qui eux comptent sur la glissade du dollar ?
Bonne question ! Il est très important que nous prenions le temps de discuter ensemble de nos économies respectives. Il est essentiel que le G 7 se rappelle les raisons qui ont présidé à sa création. Nos grands objectifs seront difficiles à atteindre si nos économies ne sont pas fortes.
Je vais aussi dire à mes partenaires que les Etats-Unis pratiquent chez eux une politique monétaire et fiscale saine. Je vais leur répéter que nous menons une politique favorable à un dollar fort. J'écouterai ce qu'ils me diront de leurs propres projets de réforme économiques. Il sera plus facile pour un chômeur américain de trouver du travail si nos partenaires les plus proches se dotent d'économies vigoureuses.
«Je suis décidé à travailler avec la France»
Propos recueillis par Ch. L.
[30 mai 2003]
LE FIGARO. – De nombreux responsables américains ne cessent de répéter que la France devra payer le prix de son opposition à votre intervention en Irak. Jusqu'à présent, nous n'avons pas vu grand-chose. Monsieur le Président, avez-vous pardonné à la France ?
George W. BUSH. – A l'occasion de ce voyage, je suis décidé à travailler avec la France et ses dirigeants. Mais permettez-moi de vous faire une réponse réaliste. Le peuple américain a été déçu et frustré par l'attitude de la France sur l'Irak. Mes concitoyens n'ont pas compris la décision des dirigeants français de contrecarrer systématiquement les efforts des États-Unis et de leurs alliés pour assurer la liberté et la sécurité de l'Irak. Pourtant cette conduite négative n'influencera en rien ma politique à l'égard de la France et de l'Europe. Je veux une Europe unie, libre et en paix.
Je veux une Europe dont les pays seront libres tout à la fois d'être les amis des États-Unis et de participer aux institutions de l'Union européenne. Entre alliés nous pouvons avoir des divergences, mais ce qui rapproche les Etats-Unis et la France, les États-Unis et l'Europe, reste infiniment plus important.
Nous partageons les mêmes objectifs sur tous les sujets vitaux. A propos de la sécurité de nos démocraties, de la paix dans le monde et du commerce entre les nations, nous sommes largement d'accord. Le sommet d'Evian ne sera pas un sommet de confrontation. Il m'offre une chance de parler avec les plus grands responsables politiques, qu'ils soient d'accord avec les Etats-Unis ou qu'ils aient des divergences. Nous parlerons du sida, du commerce, de la lutte contre la famine. Mais surtout de notre combat contre les terroristes qui veulent soumettre le monde libre à leur chantage et nous faire vivre dans la peur.
Le contentieux entre Paris et Washington reste pourtant fondamental...
Je compte avoir une bonne discussion avec Jacques Chirac. Il me faudra évidemment travailler à convaincre les Français qui doutent de la sincérité des Américains. Mais Jacques Chirac et les responsables français devront travailler à convaincre leurs propres concitoyens et montrer que la France est prête à coopérer avec les Etats-Unis.
Vous n'avez pas répondu à ma première question. Est-ce que les Etats-Unis vont organiser des représailles contre la France ?
Vous essayez de me faire le même coup que la presse américaine. Bien sûr que j'ai répondu à votre question. Même si la réponse ne vous a pas satisfait, elle est sur votre magnétophone. Je vous répète que j'aurai plaisir à discuter avec Jacques Chirac. Vive la France !
ericjeanloicbreton |
Ajouter un commentaire | 2003-05-30 10:38:05 PermalienETATS-UNIS
Jeudi 29 mai 2003
CONFLITS
George Bush s'implique davantage dans le conflit israélo-palestinien
LE MONDE | 28.05.03 | 13h07 • MIS A JOUR LE 28.05.03 | 18h05
Deux rencontres sont prévues au Proche-Orient après le G8.
Washington de notre correspondant
Le voyage que George Bush va faire, à partir du 30 mai, en Pologne, puis en Russie et en France, pour le sommet du G8, sera le cinquième qu'il fera en Europe, mais il se prolongera par sa première visite au Proche-Orient. Le président américain George W. Bush participera à deux sommets au Proche-Orient la semaine prochaine, l'un avec des dirigeants arabes en Egypte, l'autre en Jordanie avec le roi jordanien et, si possible, avec les premiers ministres israélien et palestinien, a annoncé mercredi la Maison Blanche. "Le président se rendra à Charm-el-Cheikh en Egypte pour des rencontres avec des dirigeants arabes le 3 juin. Il se rendra ensuite en Jordanie le 4 juin pour une rencontre avec le roi Abdallah de Jordanie et pour des rencontres, si les conditions le permettent, avec les premiers ministres israélien et palestinien Ariel Sharon et (Mahmoud) Abbas", a déclaré le porte-parole adjoint de la Maison Blanche, Scott McClellan.
Il est resté vague sur ces conditions. "Nous voulons être sûrs que l'environnement sera favorable à des conversations productives et à des progrès", a-t-il dit. "Nous nous attendons pour le moment à ce que le sommet ait lieu", a-t-il toutefois affirmé. "Le sommet aura lieu avec le premier ministre Sharon et le premier ministre Abbas", a souligné Scott McClellan mercredi, écartant toute possible participation de M. Arafat.
Pour un président qui, dans les premiers mois de son mandat, regardait à distance le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens, le changement est spectaculaire. A quoi tient-il ? "Nous sommes arrivés à un moment qui peut être très prometteur", a dit Ari Fleischer, porte-parole de M. Bush. Il en est ainsi, a-t-il expliqué, "parce que les Palestiniens ont un nouveau dirigeant, résolu à faire des réformes", et parce que M. Sharon "a accepté la "feuille de route" et une solution consistant en deux Etats".
En quoi la démarche de M. Bush diffère-t-elle, maintenant, de celle de son prédécesseur, Bill Clinton, auquel il avait reproché d'avoir engagé son crédit et celui des Etats-Unis, il y a trois ans, dans la recherche d'un règlement de paix ? "La plus grande différence est que Yasser Arafat n'est pas partie aux discussions en cours, a affirmé M. Fleischer. C'est Yasser Arafat qui a fait le plus -en 2000-pour détruire la perspective d'un accord, lequel était tout près d'être atteint." Toujours est-il que des discussions entre M. Sharon et M. Abbas doivent avoir lieu jeudi 29 mai. Ce sera la deuxième rencontre entre les deux hommes, et la première depuis l'acceptation circonstanciée par le gou- vernement israélien de la "feuille de route". A l'évidence, M. Bush entend imposer cette rencontre bilatérale avant un sommet éventuel, sous sa présidence, dans une semaine.
Le pilotage de cette nouvelle tentative de solution pacifique par M. Bush est flagrant à travers le rôle joué par Condoleezza Rice et par ses collaborateurs au Conseil national de sécurité. Son numéro deux, Stephen Hadley, et le responsable du Proche-Orient, Elliott Abrams, sont à la manœuvre. Ils avaient précédé, en Israël, le secrétaire d'Etat, Colin Powell, qui se préparait à occuper le devant de la scène et qui est réduit, pour le moment, à un rôle quasi muet. En faisant en sorte d'avoir pour interlocuteur, non pas M. Powell, mais M. Bush, M. Sharon a obtenu que la mise en œuvre de la "feuille de route" soit reconnue, d'emblée, comme un enjeu de politique intérieure américaine.
Le porte-parole de la Maison Blanche a indiqué la prudence et les limites de l'engagement de M. Bush en déclarant que ce dernier "veut vraiment explorer si, cette fois, la paix peut être établie". Le président, a dit encore M. Fleischer, "est déterminé à regarder si c'est le bon moment pour obtenir des deux parties qu'elles aillent de l'avant". Au début de son mandat, M. Bush estimait que les Etats-Unis ne pouvaient imposer la paix, aujourd'hui il agit comme si elle était possible.
Patrick Jarreau
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Rencontre Abbas-Sharon
Le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas a annoncé mercredi qu'il rencontrerait jeudi son homologue israélien Ariel Sharon, alors que la Maison Blanche confirmait la participation du président Bush à deux sommets dans la région, les 3 et 4 juin. A Ramallah, où il a rencontré la ministre des affaires étrangères espagnole, Ana Palacio, M. Abbas a indiqué qu'il rencontrerait jeudi M. Sharon "pour discuter de l'application de la feuille de route". Cette rencontre aura lieu "jeudi après-midi à Jérusalem", a précisé à l'AFP le ministre palestinien de l'information, Nabil Amr. Côté israélien, cette rencontre n'avait toujours pas été confirmée mercredi en fin d'après-midi.
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Territoires "occupés" ou "disputés"
Ariel Sharon a tenté, mardi 27 mai, de revenir sur les propos tenus la veille devant les députés du Likoud au cours desquels il avait utilisé pour la première fois le terme d'"occupation" à propos de la présence israélienne dans les territoires palestiniens. M. Sharon a rappelé que la position officielle israélienne est de parler de territoires "disputés" et non "occupés".
D'autre part, dans son premier entretien accordé à un journal israélien, Haaretz, depuis son accession au poste de premier ministre, Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen) a déclaré, mardi 27 mai, que les Etats-Unis lui avaient assuré ne pas tenir compte des réserves israéliennes à la "feuille de route". Il a également précisé : "Il m'est difficile d'expliquer à mes compatriotes que nous avons un nouveau gouvernement, que nous menons des négociations avec les Israéliens et que, dans le même temps, notre président-Yasser Arafat- est isolé dans la Mouqata'a", à Ramallah. - (Corresp.)
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 29.05.03
ericjeanloicbreton |
Ajouter un commentaire | 2003-05-29 13:28:57 PermalienETATS-UNIS, ISRAEL, PROCHE-ORIENT
Jeudi 29 mai 2003
IRAK
L'hostilité des Irakiens face aux «occupants» ne cesse de croître :
«C'est le chaos, les Américains doivent partir»
Par Marc SEMO
jeudi 29 mai 2003
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«Ils ne respectent rien. Ils entrent dans les maisons et il y a même eu des hommes fouillés par des soldates.» Un ingénieur de Fallouja Fallouja envoyé spécial
eules quelques tâches noirâtres restent sur le sable au bord de la route, non loin d'un talus couvert de hautes herbes où s'étaient dissimulés les assaillants. L'armée américaine a rapidement enlevé la carcasse calcinée du blindé de transport de troupe, touché mardi vers 2 heures du matin par un tir de lance-roquettes, ainsi que les débris de l'hélicoptère qui s'est écrasé, apparemment par accident, en emportant les corps des deux GI tués et des neufs autres blessés. Les habitants de Fallouja, grosse cité sunnite de 300 000 habitants, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad, n'en continuent pas moins de venir voir le théâtre de «l'exploit» de ceux que, presque tous ici, saluent comme des «moudjahidin». «Je ne les connais pas mais je serai honoré d'être l'un d'entre eux et je suis sûr que ces attaques continueront», affirme Ahmed Athir, un jeune fidèle venu d'une mosquée toute proche. «Ils sont la fierté de la ville et de tout l'Irak», renchérit un commerçant qui a arrêté sa voiture pour prendre une photo.
Nouvel attentat. Dans le souk, comme au pied des immeubles cossus du centre-ville, les mêmes mots reviennent : «Les Américains avaient promis d'apporter la liberté et le bien-être. C'est le chaos et ils doivent partir.» Seul le maire, Taha al-Alwani, nommé par les chefs de tribus et les leaders religieux locaux, condamne «ce nouvel attentat, peut-être commis par des gens qui ont tout à perdre de la disparition du régime de Saddam Hussein et qui cherchent à créer l'instabilité». Le bâtiment de la municipalité, gardé jour et nuit par trois blindés américains, évoque un camp retranché.
Abcès de fixation. Fière de ses 85 mosquées, cette ville dont sont originaires 32 hauts cadres du Baas et nombre de sicaires des anciens services de sécurité, reste hostile aux Américains. Des affrontements, qui firent 17 morts il y a un mois dans la population peu après le déploiement américain, les nombreux incidents qui ont suivi, ont fait de Fallouja un abcès de fixation. Mais dans toute cette région, peuplée de tribus bédouines sunnites choyées par l'ancien régime, la haine «de l'occupant» est en train d'exploser. Le QG américain pour le secteur, installé dans un ancien palais de Saddam à Ramadi, est presque quotidiennement la cible de tirs.
Hier, dans la petite ville de Hit, à une centaine de kilomètres plus à l'ouest, des heurts avec des soldats américains qui effectuaient des perquisitions auraient fait, selon la télévision Al Jezira, au moins quatre morts. En périphérie de Fallouja, comme le long de la route menant à Ramadi, s'alignent des centaines de clinquantes villas neuves avec colonnades et portiques néomauresques qui témoignent des largesses accordées par le raïs. Et tout le monde, au travers des réseaux de la tribu, profitait d'une manière ou d'une autre de cette proximité d'avec l'ancien pouvoir. Cas particulier, cette zone, comme Takrit et Mossoul, autres fiefs des proches de Saddam, n'en représente pas moins le contre-exemple de ce que devrait être l'administration américaine provisoire de l'Irak.
«Tout va mal depuis le début et c'est de pire en pire», reconnaît un officier américain de la base avancée, installée à une dizaine de kilomètres de Fallouja dans un ancien aéroport militaire. «Ici, ce sont des gens très spéciaux», précise un sergent de la 82e division aéroportée qui fut la première à entrer dans la ville. Le 28 avril, jour anniversaire de Saddam, des centaines d'habitants de Fallouja manifestaient devant l'école où était installé son détachement pour exiger l'évacuation des lieux. «On voulait que les enfants puissent reprendre les cours», assure un témoin. Des coups de feuÊsont partis de la foule. Les GI ont riposté, faisant une demi-douzaine de morts. «Des baassistes infiltrés avaient cherché la provocation», explique un fonctionnaire municipal. La nuit suivante, l'école était attaquée à la grenade. Les tirs américains faisaient de nouveaux morts.
Hostilité. «La tension depuis n'a pas cessé. Les Américains, pour la faire retomber, auraient dû rapidement rétablir les services de base et l'électricité, mais ils ont d'abord privilégié leur propre sécurité», souligne, amer, le premier citoyen de Fallouja. Jeudi dernier, un blindé était attaqué au lance-roquettes près de la mairie, faisant deux blessés. Les soldats ont tiré, criblant de balles un pick-up «suspect» et tuant deux jeunes, dont l'un devait se marier le lendemain. Le dispositif américain a, depuis, été allégé afin de calmer les esprits mais sans grand succès. Après chaque incident, perquisitions et arrestations alimentent un peu plus l'hostilité de la population. «Ils ne respectent rien. Ils entrent dans les maisons et il y a même eu des hommes fouillés par des soldates», s'indigne un ingénieur. Depuis une semaine, un vieux bédouin attend devant la mairie. Son fils a été arrêté par les Américains : «Je ne sais pas où il est et je ne sais pas ce qu'on lui reproche.».
ericjeanloicbreton |
Ajouter un commentaire | 2003-05-29 13:10:53 PermalienETATS-UNIS, IRAK
Mardi 27 mai 2003
RELATIONS FRANCO-AMERICAINES
France/Etats-Unis
Félix, l'Américain qui veut aider Chirac
Félix Rohatyn a été ambassadeur des Etats-Unis à Paris de 1997-2001. (AFP/DERRICK CEYRAC.)
COMMENT REDRESSER l'image de la France aux Etats-Unis, terriblement dégradée depuis l'affrontement irakien ? A Paris, nombreux sont ceux, au gouvernement, dans les milieux d'affaires ou... à l'état-major de l'UMP, qui planchent sur la question. Car, malgré la visite de Colin Powell la semaine dernière (et avant le sommet du G 8 avec George Bush lundi prochain), le contentieux est loin d'être réglé : la Maison-Blanche n'a pas vraiment pardonné. Preuve que le sujet demeure sensible : après la fameuse lettre ouverte adressée par l'ambassadeur français à Washington, Jean-David Levitte, au gouvernement et aux médias américains pour dénoncer une « campagne organisée » contre la France, Jacques Chirac en personne se dit « attristé » par ces attaques. Dans une interview publiée hier par le « Financial Times » britannique, le chef de l'Etat ajoute cependant qu'elles émanent d'un « petit groupe » de gens à Washington, qui « ne l'empêchent pas de dormir ». Plus inquiets, les patrons du Medef, eux, déplorent un climat mauvais pour les affaires. « Guerre d'opinion » Pour réagir, certains ont suggéré une « politique pro-active ». Concrètement, il s'agit de lancer une « guerre d'opinion », « d'occuper les médias ». Mais, pour cela, il faut des relais de poids dans l'« establishment » américain. « L'ambassadeur Levitte a beau multiplier les interviews, explique un ancien diplomate du Quai, cela reste infinitésimal par rapport à la masse d'accusations et de fausses rumeurs propagées tous les jours. » Mais voici la bonne nouvelle : la France aurait trouvé son « champion », en la personne de Félix Rohatyn, ex-ambassadeur des Etats-Unis à Paris (1997-2001), francophile et même francophone pour avoir suivi une partie de sa scolarité à Paris, où sa famille fuyait les nazis. Il n'empêche : Rohatyn n'avait pas caché son étonnement face à la position « ultra » affichée dans l'Hexagone. Cela dit, conscient des dégâts dans l'opinion américaine, il serait prêt à aider les Français, au gré de colloques, interviews, rencontres dans les cercles influents. Ses atouts ? Outre ses talents de diplomate, ce septuagénaire jouit d'une réputation flatteuse dans les milieux économiques. Cet ex-patron de la banque Lazard aux Etats-Unis (toujours administrateur de Suez) fut, dans les années 1970, l'artisan du sauvetage de la ville de New York, menacée de naufrage financier. Enfin, bien qu e l'homme soit démocrate proche de Clinton, il n'en a pas moins l'oreille des Républicains, qui apprécient en lui un businessman prospère à la tête de son cabinet new-yorkais, Rohatyn Associates. Et Paris, qui prépare un vaste plan médiatique, espère voir se lever demain d'autres Rohatyn...
IRAN Les Etats-Unis veulent déstabiliser le régime des mollahs
(AFP.) [26 mai 2003] Les Etats-Unis ont cessé tout contact avec l'Iran et envisagent des actions, publiques et secrètes, pour déstabiliser le gouvernement de Téhéran, selon le Washington Post.
La stratégie vis-à-vis de l'Iran sera discutée jeudi lors d'une réunion de hauts responsables du gouvernement américain, ajoute le journal dans son édition d'hier. Le Pentagone propose de fomenter un soulèvement populaire pour faire tomber le gouvernement iranien, et le département d'Etat pourrait accepter cette approche si l'Iran ne prend pas d'ici à mardi des mesures contre le réseau terroriste al-Qaida, précise le quotidien.
L'Iran a mis fin à ses relations avec les Etats-Unis en 1979 après la révolution islamique et a été décrit comme l'un des trois pays de l'«axe du Mal» avec la Corée du Nord et l'Irak par le président George W. Bush. Le programme nucléaire iranien inquiète aussi les analystes du gouvernement américain. Pourtant, Washington et Téhéran ont maintenu des contacts discrets avant et pendant la guerre d'Irak, dernièrement lors d'une réunion secrète à Genève le 3 mai, dont l'existence a été confirmée par des responsables américains. Selon le «Washington Post», une nouvelle stratégie est en préparation
Washington a cependant annulé une nouvelle rencontre de ce type après les attentats du 12 mai en Arabie saoudite, selon le Washington Post, à la suite de renseignements montrant que des agents d'al-Qaida réfugiés en Iran étaient impliqués dans la préparation de ces attentats qui ont fait 34 morts, y compris 9 membres de commandos suicides.
L'Iran dément donner asile aux terroristes, mais un responsable gouvernemental américain cité par le journal affirme qu'une dizaine d'agents d'al-Qaida se cachent dans le nord-est de l'Iran, une région isolée sur laquelle il admet que Téhéran n'a que peu de contrôle.
Par ailleurs, après une démarche similaire de 116 opposants, 127 députés iraniens en ont appelé samedi directement au guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, pour qu'il mette fin à la résistance des conservateurs aux réformes, afin de préserver la République islamique. «S'il faut boire un poison, il faut le faire avant que l'indépendance et l'intégrité territoriale ne soient menacées, une attitude aussi sage et courageuse serait récompensée par la nation comme l'a été celle de l'imam Khomeyni», écrivent les 127 parlementaires dans cette lettre ouverte, très véhémente contre les conservateurs et plutôt directe à l'adresse du guide dont les conservateurs se réclament.
La lettre fait référence à la décision, «aussi amère que de boire un verre de poison», prise en 1988 par l'imam Khomeyni, prédécesseur de l'ayatollah Khamenei, d'accepter la résolution 598 de l'ONU proposant un cessez-le-feu avec l'Irak. Pour les signataires, il s'agit de sortir le pays de «la période peut-être la plus délicate de l'histoire récente de l'Iran». «Il reste peu de temps, la plupart des gens sont mécontents et déçus, la plupart des intellectuels se taisent ou émigrent, toutes les réserves financières quittent le pays, encerclé de toutes parts par les forces étrangères», s'alarment-ils. Ils invoquent la menace américaine et les projets de Washington de «modifier la carte géopolitique de la région», mais dénoncent surtout avec virulence l'obstruction des conservateurs aux réformes, au moment où la tension politique va s'avivant.
IRAN Pour le chef de la diplomatie iranienne, les Etats-unis doivent «rapidement» remettre le pouvoir aux Irakiens Kharazi : «L'Amérique ne tient pas ses promesses» Chef de la diplomatie de Téhéran depuis l'élection du président réformateur Mohammad Khatami en 1997, Kamal Kharazi a répondu aux questions du Figaro lors de son récent passage à Paris. Propos recueillis par Claude Lorieux et Pierre Rousselin [26 mai 2003] LE FIGARO. – Les Etats-Unis vous accusent pêle-mêle de violer le traité de non-prolifération nucléaire, d'accueillir des chefs d'al-Qaida, d'aider le Hezbollah libanais et de tirer les ficelles de la communauté chiite en Irak. Quelles concessions êtes-vous prêts à leur faire ? Kamal KHARAZI. – Cela fait un demi-siècle que les Américains interviennent dans les affaires intérieures de l'Iran. Il n'est donc pas surprenant qu'ils nous mettent sans arrêt en accusation. Mais, comme ils poursuivent des objectifs purement politiques, voire politiciens, la raison et la logique n'ont pas grand-chose à voir dans ces controverses. Nous pouvons apporter des réponses à chacune de leurs accusations. Hélas, dans le climat d'animosité actuel, nos réponses ne permettent pas de résoudre les différends. Les Américains semblent oublier que l'Iran a un régime démocratique et une société civile, ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays qui sont, eux, proches de Washington. A notre égard, leur attitude est simple : soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. C'est dans cette logique qu'ils nous accusent.
L'après-guerre en Irak représente-t-il un terrain sur lequel l'Iran peut coopérer avec les Etats-Unis ? Nous ne voulons pas nous ingérer dans les affaires de l'Irak. Mais nous sommes prêts à contribuer positivement à la stabilité de ce pays et de la région. Pour cela, un régime démocratique doit être instauré en Irak, qui exprime la volonté de l'ensemble des communautés. Nous sommes prêts à coopérer, dans ce but, avec le peuple irakien.
Entre l'ayatollah Baqer al-Hakim, qui vient de faire un retour triomphal, et Mouqtaba al-Sadr, qui se dit «porte-parole du peuple chiite», les chiites irakiens n'auraient t-ils pas trop de dirigeants ? Avez-vous un favori ? Dans chaque société, il existe des tendances différentes. La communauté chiite d'Irak ne fait pas exception. Elle a amplement prouvé sa sagesse lors des récentes commémorations religieuses de Nadjaf et de Kerbala. La compétition est tout à fait naturelle. L'important est de créer une structure qui offre une représentation politique à l'ensemble du peuple irakien.
Comment exclure que, dans un an, les Américains rapatrient l'essentiel de leurs forces d'Irak et que, largement majoritaires, les chiites s'imposent alors à Bagdad ? Ils auront le champ libre ! Il est clair que les chiites joueront un rôle important dans l'Irak de demain, aux côtés des sunnites et des Kurdes. Le régime baasiste les a, depuis des années, privés de leurs droits fondamentaux. Aujourd'hui, ce sont les Etats-Unis qui privent l'ensemble des communautés irakiennes de leurs droits fondamentaux. Si les Américains ne remettent pas rapidement le pouvoir aux Irakiens, ils auront des problèmes. Il est à craindre que ces problèmes ne servent de prétexte pour prolonger leur présence en Irak. Le dossier irakien doit être confié à l'ONU, afin que soit formé d'abord un gouvernement provisoire, puis un gouvernement permanent.
La question irakienne justifie-t-elle un développement des contacts irano-américains ? Nous avons eu des contacts avec les Américains à propos de l'Afghanistan et nous en avons aujourd'hui à propos de l'Irak. Ils ne peuvent aboutir que s'ils ont lieu dans un climat d'équité et dans un esprit de coopération. Or, les Américains font des promesses mais ne les tiennent pas.
Au Liban, acceptez-vous de faire pression sur le Hezbollah, comme vous le demande le président Bush ? Les Etats-Unis cherchent à contrôler le Liban. La présence du Hezbollah empêche Israël d'attaquer une fois de plus le Liban. Il ne faut pas oublier que c'est un parti libanais et une force au service du Liban.
Et que Téhéran aide militairement ? Nous soutenons le Hezbollah politiquement mais pas militairement.
A Beyrouth, le président Khatami a tenu sur la question du Hezbollah des propos jugés plutôt modérés... Le gouvernement iranien défend les valeurs auxquelles croit le peuple iranien. Nous ne sommes pas des aventuriers. Pour nous, la stabilité de la région importe beaucoup. A la différence des Etats-Unis, nous considérons que c'est Israël qui est à l'origine de l'instabilité de la région. Malheureusement, l'Europe n'a pas les moyens de faire pression sur Israël.
Vous reflétez l'attitude du président de la République. Mais le Hezbollah relève du guide, l'ayatollah Khamenei. Qui croire ? Qui parle au nom de l'Iran ? Je ne pense pas que la complexité d'un peuple soit un handicap. La société iranienne ne s'exprime pas d'une seule voix. La presse, l'Assemblée et les autres organes en témoignent. Le problème est que vous devez essayer de comprendre ces complexités !
Cent seize politiciens, religieux et intellectuels viennent d'écrire que, sans réformes, la République islamique risque de subir le même sort que l'Afghanistan des talibans et l'Irak de Saddam Hussein. Le guide, l'ayatollah Khamenei, recevra-t-il ces pétitionnaires ? Dans notre système, la voix des contestataires se fait entendre. Une démarche comme celle des 116 pétitionnaires attirera certainement l'attention du guide.
Les Etats-Unis accusent l'Iran d'héberger des membres d'al-Qaida et notamment l'un des organisateurs de l'attentat de Riad en Arabie saoudite. Que répondez-vous ? Avant le 11 septembre 2001, al-Qaida était déjà une menace pour nous. Elle l'est toujours. Il n'y a aucune raison pour que nous aidions cette organisation. Nos frontières avec l'Afghanistan et le Pakistan sont si longues qu'un certain nombre de membres d'al-Qaida ont cherché à se réfugier en Iran. Nous en avons arrêté beaucoup et en avons extradé vers leurs pays d'origine. La lutte contre le terrorisme doit se faire dans l'égalité et la réciprocité. Il n'existe pas de bon terrorisme et de mauvais terrorisme. On ne peut combattre le terrorisme antiaméricain sans combattre aussi le terrorisme anti-iranien.
Depuis que les Américains ont désarmé les Moudjahidin du peuple en Irak, des responsables de ce mouvement d'opposition armée à Téhéran se seraient réfugiés en France. Votre réaction ? Il s'agit en effet d'un problème complexe pour la France. Les Moudjahidin figurent sur la liste des organisations terroristes établie par l'Union européenne. la France ne peut donc pas leur donner l'asile politique.
L'Iran est-il la prochaine cible de Washington ? Nous sommes déjà la cible des Etats-Unis. Ce n'est pas nouveau. Ils nous soumettent à toutes sortes de pressions depuis la révolution et depuis que nous avons dit non à Washington. Cela ne signifie pas pour autant que nous redoutons une attaque américaine.
A dix jours du sommet des pays les plus industrialisés (G8) à Evian, les relations franco-américaines, mises à mal par le contentieux sur la guerre en Irak, s'améliorent, mais des tensions persistent. M. Chirac a téléphoné à M. Bush, jeudi, une conversation qualifiée de "productive" par la Maison Blanche. Colin Powell, le secrétaire d'Etat, qui était à Paris jeudi, a déclaré que la brouille franco-américaine sur l'Irak n'avait été "un moment agréable pour personne".
WASHINGTON (AFP) - Le président George W. Bush a promis mardi qu'il continuerait à soutenir à Cuba les opposants cherchant à mettre fin au régime de Fidel Castro, en recevant mardi plusieurs dissidents cubains et leurs familles, à l'occasion du 101ème anniversaire de l'indépendance de l'île.
Il a également déclaré que les "dictatures n'ont pas de place en Amérique" dans un message marquant cet anniversaire.
Le secrétaire au logement et au développement urbain Mel Martinez, , qui a participé à cette rencontre à la Maison Blanche, a précisé que l'administration Bush excluait toujours le recours à la force pour obtenir la fin du régime castriste.
"Il a été clairement indiqué que cela ne fait pas partie des options envisagées (...) Celles ci sont d'ordre politique" a déclaré M. Martinez, qui est le seul membre du gouvernement d'origine cubaine, en s'adressant à la presse.
"Mon espoir est que le peuple cubain puisse jouir des mêmes libertés et droits que nous. Les dictatures n'ont pas de place en Amérique. Que Dieu bénisse le peuple cubain qui lutte pour sa liberté", a affirmé le président américain dans son message en espagnol, qui a été diffusé sur les ondes de Radio Marti, financée par les Etats-Unis.
Parmi les Cubains reçus à la Maison Blanche figuraient des dissidents et opposants, dont des parents de personnes victimes de la dernière vague d'arrestations opérée par les autorités cubaines.
La tension entre Washington et La Havane s'était encore accrue la semaine dernière avec l'expulsion par les Etats-Unis de 14 diplomates cubains.
Cette décision avait été dénoncée par les autorités cubaines comme une "nouvelle provocation" de Washington.
L'administration américaine doit également prochainement annoncer de nouvelles mesures punitives contre La Havane après les récentes condamnations à des peines totalisant 1.454 années de prison de dissidents et l'exécution de trois Cubains ayant détourné une embarcation à bord de laquelle ils tentaient de fuir vers les Etats-Unis.
Washington maintient depuis plus de 40 ans un embargo contre le régime communiste du dirigeant cubain Fidel Castro et ces nouvelles mesures doivent encore le durcir. Chaque 20 mai, à l'occasion de la fête de l'indépendance cubaine, le gouvernement américain réaffirme son opposition à Fidel Castro.
Bavure américaine à Kaboul Des soldats gardant l'ambassade des Etats-Unis ont ouvert le feu sur des soldats afghans qu'ils ont pris pour des assaillants : quatre morts.
La force de réaction rapide italienne devant l'ambassade des Etats-Unis (AP)
Les soldats américains qui gardaient l'ambassade des Etats-Unis à Kaboul mercredi ont abattu quatre militaires afghans qu'ils ont pris par erreur pour des assaillants, a annoncé le chef de la police de Kaboul. Entre deux et quatre autres soldats afghans ont été blessés, selon les sources. L'un d'eux est mort des suites de ses blessures, portant à quatre le nombre de tués, a-t-on appris de source médicale. La fusillade s'est produite alors que les Afghans déchargeaient des armes d'un camion, a précisé le chef de la police de Kaboul, Basir Salangi. «Il y a eu une incompréhension entre les Américains gardant l'ambassade des Etats-Unis et nos soldats qui déchargeaient ces armes». Une tension certaine règne dans la capitale afghane depuis plusieurs mois. Trois militaires étrangers ont été blessés lors de deux agressions séparées et une roquette a touché le quartier général de la force multinationale de maintien de la paix le 30 mars dernier. Sa porte-parole, la lieutenant-colonel Paul Kolken, a déclaré que, selon certaines informations, c'étaient les soldats afghans qui avaient tiré les premiers en visant pour une raison indéterminée une voiture qui passait devant l'ambassade. «En agissant ainsi, ils ont tiré dans la direction de l'ambassade américaine et les militaires américains qui montaient la garde ont répliqué», a-t-elle expliqué.
"Calmer la situation"
La force multinationale, qui a en charge la sécurité de Kaboul, a précisé dans un communiqué que la force de réaction rapide italienne avait été dépêchée sur place tandis que des militaires français étaient «intervenus pour calmer la situation», fournissant notamment les premiers soins aux blessés. L'émissaire spécial du président George W. Bush, Zalmay Khalilzad, se trouve actuellement en Afghanistan Ni l'ambassade des Etats-Unis ni le gouvernement afghan n'ont fait de commentaire
ETATS-UNIS Les Etats-Unis restent en tête du classement de la compétitivité
BERNE (AP) - Les Etats-Unis restent en tête du classement des pays les plus compétitifs, selon le Rapport mondial sur la compétitivité 2003 établi par l'International Institute for Management Development (IMD) à Lausanne.
Pour la première fois cette année, l'IMD distingue deux groupes de pays et de régions, en dessus et au-dessous de 20 millions d'habitants. Le classement de l'an passé a d'ailleurs été revu en fonction de ce nouveau critère.
S'agissant des pays de plus de 20 millions d'habitants, les Etats-Unis occupent donc la première place, devant l'Australie, le Canada, la Malaisie et l'Allemagne. Pour sa part, la France gagne une place et se classe 8e, alors que l'Italie a encore perdu trois rangs et se retrouve 17e.
Dans la catégorie des pays plus petits, la Finlande est en tête alors que les Pays-Bas, qui occupaient le premier rang l'an passé, rétrogradent à la 8e place. Singapour est au deuxième rang, devant le Danemark, Hong Kong et la Suisse qui perd deux rangs par rapport au classement 2002.
Toutefois, ces résultats ne tiennent pas compte de l'impact de l'épidémie de pneumonie atypique qui pourra avoir de graves conséquences sur la compétitivité de toutes les économies asiatiques, observe Stéphane Garelli, directeur du rapport IMD et professeur à l'Université de Lausanne. AP
PROCHE-ORIENT
Proche-Orient Powell veut faire plier Sharon
Jérusalem DE NOTRE CORRESPONDANTE
COLIN POWELL voulait des résultats concrets le plus vite possible : il semble les avoir obtenus. De source israélienne, les Premiers ministres israélien et palestinien devraient se rencontrer à la fin de la semaine, avant la visite d'Ariel Sharon, aux Etats-Unis, le 20 mai. Abou Mazen aurait donné son accord, après avoir rencontré hier le secrétaire d'Etat américain. A la demande du Premier ministre palestinien, les deux hommes se sont vus à Jéricho et non à Ramallah. Un moyen de ménager Yasser Arafat - le président de l'Autorité palestinienne, installé à Ramallah, n'étant pas convié - et d'éviter les manifestations qui s'y déroulaient contre l'éviction du leader historique. Plusieurs officiels palestiniens se disent pourtant déçus par l'intervention de Powell qui, d'après eux, demande toujours davantage aux Palestiniens sans exiger qu'Israël applique la « feuille de route », devant aboutir à la création d'un Etat palestinien en 2005.
« Un pays minuscule » Si Powell a souvent fait référence à cette « feuille de route », Sharon ne l'a pas évoqué lors de leur conférence de presse conjointe. Le gouvernement israélien n'a toujours pas voté ce document qui stipule le « droit au retour » des réfugiés palestiniens. Un point catégoriquement rejeté par les Israéliens. L'intégration de quatre millions de réfugiés arabes en Israël - un pays qui compte six millions d'habitants, dont 1,2 million d'Arabes musulmans - mettrait, en effet, en péril l'existence de l'Etat juif, alors même qu'un Etat palestinien serait créé. C'est ce que Sharon a évoqué en rappelant que « les Juifs ont seulement un pays minuscule ». Cependant, Powell a obtenu quelques premières mesures permettant « d'améliorer la vie quotidienne des Palestiniens en respectant leur dignité ». Les Israéliens ont allégé la fermeture des Territoires et annoncé la libération imminente de quelques centaines de prisonniers, (il y en aurait 8 000 sous les barreaux). L'octroi de 25 000 permis de travail en Israël est aussi envisagé, ainsi que le retrait des forces militaires de Gaza, à condition que les Palestiniens y prennent le relais. Une question qui divise les Palestiniens. Le responsable de la sécurité dans la zone a déjà indiqué qu'il n'avait pas l'intention de désarmer les Palestiniens engagés dans la lutte contre l'occupant. Des propos tenus au moment même où Powell demandait à Mazen, de mener une « action rapide et décisive pour démanteler l'infrastructure terroriste » faute de quoi « tous nos efforts échoueront ».
Catherine Dupeyron
Le Parisien , lundi 12 mai 2003
ericjeanloicbreton |
Ajouter un commentaire | 2003-05-12 09:53:54 PermalienETATS-UNIS, SHARON, PROCHE-ORIENT
Dimanche 4 mai 2003
IRAK
Irak
Vers une force internationale
CALIFORNIE, VENDREDI. George W. Bush. (AP.)
POUR mener à bien la reconstruction de l'Irak, les Américains ont décidé de diviser le pays en trois zones et d'exclure tout recours à l'ONU. Selon un schéma rappelant un peu le sort de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, chaque secteur sera administré séparément par les Etats-Unis et deux de leurs alliés, la Grande-Bretagne et la Pologne. Des soldats d'une force de stabilisation internationale seront déployés aux côtés des militaires américains, qui devraient eux-mêmes réduire leur dispositif (passant, selon le « New York Times », de 130 000 hommes aujourd'hui à 30 000 d'ici à l'automne). Cette force, précise un officiel américain, sera recrutée sur la base du volontariat. Nouvelle arrestation Il ne s'agira donc en aucun cas d'une opération chapeautée par les Nations unies, cantonnées à l'aide humanitaire. Une réunion de 16 pays volontaires vient de se tenir à ce sujet à Londres. Ni la France ni l'Allemagne, pays leaders du camp de la paix, n'y ont été invitées. La volonté de tenir Paris à l'écart du dossier irakien reste donc manifeste. Washington s'apprête d'ailleurs à nommer un diplomate de carrière, Paul Bremer, responsable de la reconstruction de l'Irak. Un désaveu pour l'actuel numéro un américain dans le pays, l'ex-général Jay Garner, proche du faucon Donald Rumsfeld. Garner, qui sera désormais sous les ordres de Bremer (nommé lui par le secrétaire d'Etat Colin Powell), paie apparemment sa lenteur à rétablir un semblant d'ordre et à assurer la reprise des services publics. Hier, les Américains ont annoncé la nomination d'un Irakien à la tête d'une équipe chargée de gérer l'exploitation du pétrole. Mais il ne décidera que flanqué d'un conseil consultatif dirigé par un Américain, ancien patron de Shell. Quant à la région de Bassora, elle sera dirigée pendant six mois par l'ambassadeur du Danemark en Syrie, Ole Woehlers Olsen, de confesssion musulmane. Par ailleurs, un dix-huitième haut responsable du régime de Saddam, Mizban Khidir Hadi, a été capturé. Il était n o 41 sur la liste de 55 personnes recherchées.
DAMAS (AFP) - Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell et le président syrien Bachar al-Assad sont convenus samedi à Damas de travailler ensemble en faveur de la sécurité et de la stabilité au Proche-Orient et en Irak, pays que les Etats-Unis projettent de découper en trois zones administrées par eux-mêmes et leurs alliés sans recours à l'Onu.
En Irak, un 18ème ancien responsable du régime de Saddam Hussein, Mizban Khidir Hadi, a été capturé et se trouve aux mains de la coalition américano-britannique, selon le Washington Post publié samedi.
Cet ancien membre du Conseil de Commandement de la Révolution (CCR), la plus haute instance dirigeante du pays, est le numéro 41 sur la liste établie par les Etats-Unis des 55 membres les plus recherchés de l'ancien régime irakien.
A Damas, MM. Assad et Powell sont convenus "de poursuivre les contacts et de coordonner les efforts dans l'intérêt des deux pays pour servir la sécurité et la stabilité dans la région", a précisé l'agence officielle syrienne Sana.
Selon un haut responsable américain accompagnant M. Powell, ce dernier a "soulevé des sujets sérieux d'une manière très directe; (...) Nous les (les Syriens) avons entendus exprimer une certaine volonté de coopérer, et manifester de l'intérêt pour une paix globale" au Proche-Orient, a expliqué la même source.
Avant ses entretiens de Damas, M. Powell avait précisé vouloir évoquer les programmes syriens d'armes de destruction massive, la fermeture de la frontière irako-syrienne, la "feuille de route" proposant un règlement global entre Israéliens et Palestiniens, et le sort des organisations palestiniennes basées en Syrie. Le secrétaire d'Etat américain a répété que son pays n'avait pas l'intention de lancer une attaque militaire contre la Syrie.
Washington a régulièrement accusé Damas d'avoir aidé militairement l'Irak, accepté de stocker des armes irakiennes de destruction massive, et accueilli d'anciens responsables irakiens.
Après Damas, M. Powell s'est rendu à Beyrouth, dernière étape de sa tournée en Europe et au Proche-Orient, entamée jeudi en Espagne.
En Irak, les services de l'administrateur civil du pays Jay Garner ont annoncé une réorganisation de l'industrie pétrolière avec notamment la création d'un conseil consultatif dirigé par l'ex-patron de la Shell, l'Américain Philip Carrol, et la nomination d'un Irakien à la tête d'une équipe de gestion du ministère du Pétrole.
Par ailleurs, le chef intérimaire de la police de Bagdad, Zouhair al-Nouaïmi, a démissionné, officiellement pour laisser la place à de jeunes policiers, lui-même ayant exercé ce métier pendant 36 ans.
Des policiers irakiens sans armes ont repris du service dans les rues de Bagdad. Ils seront prochainement vêtus de nouveaux uniformes.
Samedi matin, plusieurs centaines d'Irakiens ont envahi l'hôtel Palestine, où séjourne la presse internationale, pour demander des emplois et de l'aide aux Etats-Unis.
Des responsables d'organisations humanitaires critiquent l'insuffisance des moyens mis en place, notamment dans les hôpitaux.
Mais les écoles, collèges et lycées du gouvernorat de Bassorah (sud de l'Irak), ont rouvert samedi, après plus d'un mois et demi de fermeture.
Pour favoriser la reconstruction de l'Irak, les Etats-Unis prévoient de diviser le pays en trois secteurs, administrés séparément par eux-mêmes, la Grande-Bretagne et la Pologne, excluant ainsi tout recours aux Nations unies.
Dans chacun de ces secteurs seraient déployées des soldats d'une force de stabilisation internationale, selon un haut responsable américain ayant requis l'anonymat.
"L'idée est que cette force forme une coalition sur une base volontaire", excluant une force mandatée par l'Onu, a précisé ce haut responsable.
La Pologne est prête à envoyer 1.500 hommes, a précisé son président, Aleksander Kwasniewski, au quotidien français Le Monde.
Toutefois, aucune décision finale n'a encore été arrêtée concernant le plan de la future force internationale de stabilisation en Irak, a assuré samedi le porte-parole du secrétaire au Foreign Office Jack Straw.
"Aucune décision n'a été prise, une annonce sera faite en temps utile", a déclaré le porte-parole, qui participait à une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l'UE sur l'île grecque de Rhodes.
Une première réunion de pays volontaires pour cette force s'est tenue mercredi à Londres entre 16 pays, dont 12 membres de l'Otan. La France et l'Allemagne, partisans d'un engagement de l'Onu dans cette phase de reconstruction de l'Irak, n'ont pas été invitées à y participer mais ont été informées de sa tenue.
Une prochaine réunion doit avoir lieu les 8 ou 9 mai, également à Londres, selon le chef de la diplomatie portugaise, Antonio Martins da Cruz, dont le pays, comme l'Espagne, a soutenu Washington dans la guerre en Irak.
"Nous n'avons en aucune manière ressenti cela comme un sujet de division", a déclaré Georges Papandréou, chef de la diplomatie grecque et président en exercice de l'UE.
Les Quinze ont marqué leur accord de principe pour un retour rapide de leurs chargés d'affaires en Irak.
Terrorisme : le Pentagone fixe les règles des procès
Le Pentagone a défini les règles de fonctionnement des tribunaux militaires qui seront chargés de juger les prisonniers capturés dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme", en précisant que certains procès pourraient avoir lieu sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba.
L'avocat général du département de la Défense américain, William Haynes, a dévoilé les instructions données en vue des procès de ressortissants étrangers par des commissions militaires, autorisées par un décret du président GeorgeW. Bush un peu plus de deux mois après les attentats suicide antiaméricains du 11 septembre 2001.
Cette mesure constitue "un grand pas" vers la tenue de tels procès, selon un responsable pour lequel cela ne signifiepas pour autant que des procès auront lieu "la semaine prochaine ou le mois prochain". Les personnes reconnues coupables par ces tribunaux pourraient encourir la peine de mort.
L'avocat général adjoint Whit Cobb a expliqué que les instructions données par le Pentagone visaient à faire ensorte que des procès "exhaustifs et équitables" puissent avoir lieu.
Le Pentagone prévoit que ces procès puissent être ouverts au public à moins qu'il soit jugé nécessaire de les organiser à huis clos en raison de la sensibilité des informations susceptibles d'être divulguées.
de notre envoyée spéciale Sylvaine Pasquier, avec Alla Chevelkina
En dépit de l'antiaméricanisme suscité dans son pays par la guerre d'Irak, le président russe sait qu'il n'a pas d'autre choix que de miser sur les Etats-Unis
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Le regard ardent, Alil Chourpaev ne se remet pas de la victoire américano-britannique à Bagdad. A l'heure de l'après-guerre, ce jeune Moscovite, originaire du Daguestan, espère un sursaut des Irakiens: «Ils rejetteront les idées occidentales que les Etats-Unis veulent imposer. Moi, je suis oriental et je déteste la démocratie.» Il s'indigne que les gardes-frontières russes aient refoulé des centaines de volontaires, issus de sa république natale, qui tentaient de sortir du pays pour aller se battre en Irak. Depuis six mois, Alil a rejoint les rangs du parti Eurasie, codirigé par l'ex-intendant du Kremlin, Pavel Borodine, et Abdoul-Vakhed Niazov, député à la Douma. «Les Etats-Unis ont peut-être vaincu par les armes, mais leur défaite morale est écrasante, assène ce dernier. Jamais on n'a vu une telle vague d'anti-américanisme dans le monde. Pour les Russes, c'est la fin des complexes.» A l'entendre, chrétiens et musulmans russes sont enfin dans le même camp, dressés contre la «mondialisation vulgaire», sous hégémonie américaine.
Interrogés aux premiers jours des opérations en Irak par le Centre d'étude de l'opinion publique (VTSIOM), 88% des Russes, «scandalisés», s'opposaient à cette guerre, 58% souhaitant même ouvertement que Bagdad l'emporte. «L'Irak combattra comme nous avons combattu Napoléon et Hitler», annonçait alors Anatoli Iegorine, directeur adjoint de l'Institut des études orientales. Las, il a fallu en rabattre... Et Vladimir Poutine, pilier du camp de la paix, se trouve aujourd'hui dans une posture assez délicate.
Où en est le «partenariat stratégique» entre Moscou et Washington, résultat d'un virage à 180 degrés opéré par le Kremlin au lendemain du 11 septembre 2001? La crise irakienne a révélé qu'il était non seulement inconsistant, mais fondé sur un malentendu. A la différence des Etats-Unis, la Russie n'a ni les moyens de ses ambitions ni de véritable alternative. Vladimir Poutine a cru pouvoir miser sur Paris et Berlin, sans mesurer que ces partenaires de circonstance n'avaient aucun désir réel de divorcer de Washington pour épouser Moscou.
Situation intérieure complexe
Frappé d'impuissance, le sommet de Saint-Pétersbourg, les 11 et 12 avril, aura eu, malgré tout, un effet salutaire. Celui de ramener Jacques Chirac à la conscience des réalités. Après deux mois de silence, il sollicite un entretien téléphonique avec George W. Bush et tente de surmonter les différends. La presse russe crie à la «capitulation», accuse le président français d'avoir «dupé» la Russie. «En réalité, Poutine s'est abrité derrière l'épaule de Chirac, commente, à Paris, un expert du dossier. On lui a beaucoup plus rendu service que l'inverse.» La France se contorsionne sous la pression américaine, mais semble déjà céder du terrain en faveur de la levée des sanctions jadis imposées à l'Irak. Ironie du sort: Moscou, qui bataillait ferme en ce sens, au temps de Saddam Hussein, s'insurge aujourd'hui, réclamant au préalable le feu vert des inspecteurs onusiens en désarmement.
Désormais à découvert, le président russe va devoir sortir de l'impasse, tout en gérant une situation intérieure complexe. Deux échéances électorales se profilent: les législatives, à la fin de l'année, et la présidentielle, en mars 2004. Vladimir Poutine n'a guère de souci à se faire pour la reconduction de son mandat - le contrôle des urnes est l'une des «technologies politiques» les plus avancées en Russie. Cependant, «entre une décision difficile et sa cote de popularité, Poutine choisira toujours la seconde», souligne le politologue Gueorgui Satarov, président de la fondation Indem. Et le pouvoir russe est allé trop loin dans la voie de la confrontation pour faire aisément machine arrière.
«Punir la France, oublier l'Allemagne, pardonner à la Russie»
Du bout des lèvres, le chef de l'Etat a concédé, au début d'avril, qu'«un échec des Etats-Unis n'était pas dans l'intérêt de la Russie» - on notera le mode négatif. Ces derniers temps, les porte-voix du Kremlin s'évertuent à calmer l'«hystérie antiaméricaine», largement répandue parmi les «patriotes» en tout genre, qui supportent mal «l'arrogance et le cynisme» des Etats-Unis, leur exaspérante «habitude de gagner». En résumé, «ils font ce qu'ils veulent» - grief majeur. «Les intellectuels démocrates eux-mêmes, précise Gueorgui Satarov, leur reprochent d'être aujourd'hui ce que nous étions hier, autrement dit d'agir comme l'Union soviétique, à coups d'interventions militaires.» Aux antipodes, les libéraux et les barons du grand business ont choisi leur camp. A la tête de la compagnie pétrolière Ioukos - bientôt quatrième producteur mondial, après sa fusion avec Sibneft - Mikhaïl Khodorkovski a clairement défini la coopération avec les Etats-Unis comme une «priorité». Et d'ajouter qu'il serait illusoire de se tourner vers l'Europe, où «il n'existe pas d'intérêt réel pour l'intégration avec la Russie».
Le mot que l'on prête à Condoleezza Rice, conseillère de George W. Bush pour la sécurité nationale - «Punir la France, oublier l'Allemagne, pardonner à la Russie» - pourrait suggérer que Moscou s'en tirera à bon compte. Etre ignorée est sans doute le pire cauchemar de la Russie, hantée par le «syndrome de la grandeur», dont elle ne parvient pas à faire son deuil. Mais l'absolution ne va pas sans contrepartie. Le Département d'Etat a déjà pris les devants en accusant publiquement des entreprises russes d'avoir livré des armes à l'Irak en dépit de l'embargo. Aux yeux des Etats-Unis, Moscou dispose d'une capacité de nuisance qu'il convient de réduire en lui arrachant des concessions successives. «Ils en voudront toujours plus! proteste le général Leonid Ivachov - ancien responsable de la coopération internationale au ministère de la Défense. Demain, ils imposeront à la Russie de rester passive s'ils décident d'intervenir en Syrie, en Iran ou ailleurs.» Désormais vice-président de l'Académie de géopolitique, il plaide pour la préservation du camp antiguerre: «L'avenir est à la formation d'un bloc continental avec la France, la Russie, l'Allemagne, l'Inde, l'Iran et la Chine - qui fera pièce aux puissances maritimes, Etats-Unis et Grande-Bretagne. A cette fin, il faut nous allier dans le monde arabe aux forces radicales antiaméricaines.»
Plus près du monde réel, Alexeï Arbatov, vice-président du comité de la Défense, à la Douma, estime que la crise irakienne laissera des traces profondes. «Il faudra sans doute des années pour que s'efface le ressentiment qu'éprouvent l'opinion et l'élite politique russes à l'égard des Etats-Unis. Moscou et Washington feront en sorte de revenir au business as usual. Mais la communauté de la défense et du renseignement n'est plus guère disposée à coopérer dans la lutte contre le terrorisme et la prolifération nucléaire, domaines qui nous obligent à céder toujours davantage.»
En attendant, Vladimir Poutine aura fort à faire pour préserver les intérêts nationaux dans la bataille de l'après-guerre: les créances, contrats et accords de coopération passés avec le régime de Saddam Hussein atteindraient plus de 50 milliards de dollars. Déterminé à défendre ses droits sur le gisement géant de Gharb al-Qurna - un contrat signé en 1997 - le pétrolier Lukoil, compagnie semi-publique, vient d'engager les services d'un cabinet d'avocats londoniens.
A la fin de mai, George W. Bush devrait se rendre à Saint-Pétersbourg afin d'y assister aux festivités du tricentenaire. Jusqu'ici, il n'a rien changé à ses plans. Le 18 avril dernier, faute d'une majorité suffisante, la Douma a rejeté un projet de résolution réclamant, en substance, que Vladimir Poutine annule l'invitation. Mais 138 députés, soit près d'un tiers, ont signifié par leur vote qu'ils jugeaient indésirable la présence du vainqueur de Bagdad.
IRAN
Le pro-américanisme des Iraniens inquiète Téhéran
LE MONDE | 24.04.03 | 13h27 • MIS A JOUR LE 25.04.03 | 11h02
La "vox populi" réclame un changement de régime "avec l'aide des marines".
Téhéran de notre envoyée spéciale
Les gouvernants iraniens sont inquiets : inquiets de la présence américaine à leurs portes, à l'est comme à l'ouest, inquiets de l'invasion de l'Irak "avec si peu de résistance populaire", inquiets du renversement rapide du régime de Bagdad, inquiets de la marginalisation de l'ONU, inquiets de la désillusion totale du peuple iranien qui, depuis le début de la crise irakienne, se traduit par un pro-américanisme acharné de la population... mais, surtout, inquiets de la vox populi, qui réclame "un changement de régime avec l'aide des marines américains". Cette revendication est prise assez au sérieux dans les cercles politiques pour que la reprise des relations avec l'Amérique - tabou vieux de vingt-quatre ans - soit désormais à l'ordre du jour à Téhéran. Ces relations avaient été rompues à la veille de l'établissement de la République islamique et de la prise en otage de 55 diplomates américains, en 1979.
C'est Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, ancien président iranien et homme clé du régime, qui a brisé le tabou. Dans un long entretien à un hebdomadaire iranien, publié samedi 12 avril, M. Rafsandjani a proposé l'organisation d'un référendum au sujet de la reprise des relations avec l'Amérique. Selon la revue Rahbor (Stratégie), M. Rafsandjani estime qu'une solution pour résoudre "la crise" entre l'Iran et l'Amérique serait de "tenir un référendum afin de savoir ce qu'en pense la société iranienne - à condition, aurait-il ajouté, que le Majlis (Parlement), le Guide suprême, soient d'accord, ce qui est le cas habituellement".
"LIGNE ROUGE"
Les réactions n'ont pas tardé. Le lendemain, le quotidien conservateur Keyhan a accusé l'ancien président d'avoir franchi "la ligne rouge". Une ligne qui a valu récemment la prison à des dirigeants d'un institut de sondage pour avoir montré que les Iraniens sont massivement en faveur d'une reprise des relations avec les Etats-Unis.
Rejetant comme "irréaliste" l'idée d'un référendum sur les relations avec l'Amérique, les réformateurs proposent que la question soit examinée par les dirigeants du régime "sans qu'une seconde ne soit perdue". Pour Behzad Nabavi, une des "voix crédibles" des réformateurs, les relations avec Washington sont devenues "une affaire de sécurité nationale". Dans un rare entretien, M. Nabavi, conseiller proche du président Khatami, a déclaré au Monde que la stratégie américaine dans la région "ne s'arrête sûrement pas aux portes de Bagdad". Il existe à Washington, affirme-t-il, "un projet Iran" qui est en train d'être exécuté et qui "n'est pas nécessairement militaire". Dans son bureau du vieux palais de marbre, dans le sud de Téhéran, qui abrite le Majlis, dont il assure la vice-présidence, M. Nabavi parle de son inquiétude face aux Américains.
"Evidemment, j'ai peur ! s'exclame-t-il. Qui n'aurait pas peur d'une Amérique armée jusqu'aux dents et qui a démontré en Irak son absence totale de respect pour la souveraineté des Etats ? Oui, j'ai peur. Les Américains peuvent apparemment tout faire ; peu importe l'ONU ou même l'opinion publique occidentale." "Le seul argument encore quelque peu acceptable aux yeux des intellectuels occidentaux justifiant une action hostile contre un pays, dit encore M. Nabavi, est l'instauration de la démocratie." C'est pour cela, selon lui, "que la meilleure défense de l'Iran contre les Américains serait de renforcer sa démocratie pour les priver de leurs arguments".
Interrogé sur des voix appelant à "l'ingérence américaine", M. Nabavi déclare : "Il est évident que cela est de notre faute. Le fait que des gens préfèrent l'invasion étrangère à la vie en République islamique n'est que le signe de notre échec. Nous n'avons pas pu réaliser les aspirations démocratiques du peuple et il est normal qu'il soit déçu". "Si l'on admet, enchaîne-t-il, que les Irakiens se réjouissent de la fin de Saddam Hussein, on doit aussi penser à la possibilité que peut-être, ici aussi, les Iraniens feraient la fête à la fin de la République islamique."
"POURQUOI PAS NOUS ?"
Si les réformateurs ont été beaucoup affaiblis par la décision de l'administration Bush de mettre l'Iran sur la liste des pays de l'"axe du Mal", beaucoup pensent que la "peur de l'Amérique" peut "être une fenêtre d'opportunité face à l'aile dure du régime, qui empêche le processus démocratique". Les "durs, dit un membre du camp des réformateurs, ont très peur. Ils sont prêts à faire des concessions ; ils savent que nous avons encore beaucoup plus de crédibilité qu'eux".
Mais pour un architecte iranien qui demande instamment l'anonymat, "il n'y a désormais plus aucune différence entre réformateurs et conservateurs". Exaspéré par la "corruption profonde" du régime, il veut sa fin. "C'est simple, nous dit-il, nous ne voulons plus de la République islamique. Il aura fallu presque un quart de siècle pour que nous nous rendions compte que la révolution s'est soldée par un échec." Il demande, comme beaucoup, "l'aide américaine pour un changement de régime". L'argument rencontre un large écho. "Les Afghans et les Irakiens ont bien été débarrassés de dictatures, dit un cinéaste. Pourquoi pas nous ?" S'il arrive à l'homme de la rue d'évoquer l'arrivée des marines, les intellectuels ne prévoient pas une ingérence militaire, mais "une ingérence plutôt politique".
Même "ras-le-bol" chez les étudiants. Le mouvement des étudiants s'est retiré des organisations réformatrices. Un de ses membres, sous couvert de l'anonymat, avertit les Américains de "ne pas serrer la main du régime". Celui-ci ne veut parler de la reprise des relations que "parce qu'il a peur des Américains. L'anti-américanisme, ajoute cet étudiant, est le fonds de commerce du régime".
Le président de la commission des affaires étrangères du Majlis, Mohsen Mirdamadi, ne croit pas aux menaces militaires américaines. "Un processus démocratique a été enclenché en Iran, dit-il. Un processus soutenu, peut-être plus par l'opinion publique mondiale que par l'opinion en Iran, mais qui empêchera toute ingérence militaire américaine dans notre pays. Il sera notre meilleure défense contre l'Amérique." Ce qui, en revanche, l'inquiète est la "déception évidente" des Iraniens face aux réformateurs. La non-participation aux élections législatives de février - à Téhéran, seulement 12 % des électeurs ont voté - a été vécue par beaucoup, à Téhéran, comme "la fin de la période de grâce des réformateurs".
Afsané Bassir Pour
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Washington met en garde l'Iran
Les Etats-Unis n'accepteront "aucune interférence extérieure" dans l'établissement d'un gouvernement démocratique en Irak, a prévenu Ari Fleischer, porte-parole de la Maison Blanche, mercredi 23 avril. Washington réagissait aux informations publiées par le New York Times qui affirme que Téhéran aurait envoyé des agents auprès des chiites irakiens, sous couvert de pèlerinage à Kerbala, dans le but de promouvoir des leaders chiites pro-iraniens et favoriser l'installation d'un gouvernement islamique en Irak. Le quotidien, qui cite des responsables anonymes de l'administration américaine, précise que ces agents font partie de la brigade Al-Badr (chiites irakiens armés installés en Iran). M. Fleischer, qui a refusé de confirmer ces informations, a fait part de la "préoccupation" de Washington à ce sujet et indiqué que l'administration américaine en avait informé les autorités iraniennes.
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Manifestation à Kerbala, en Irak
L'Irak n'a pas besoin du général américain Jay Garner à la tête de son administration provisoire, a affirmé, mercredi 23 avril, un responsable du principal groupe d'opposition chiite irakienne. "Nous ne pensons pas que la présence de Garner soit nécessaire", a déclaré Abdel Aziz Hakim, numéro deux du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII), à Kerbala, la ville sainte chiite, située au sud de Bagdad. Le pèlerinage à Kerbala, accompli sans incident par des centaines de milliers de chiites, "prouve que les Irakiens sont capables de gérer leurs propres affaires", a-t-il dit. Une nouvelle manifestation, à Kerbala, mercredi, a rassemblé 3 000 personnes au cri de "Non à un gouvernement américain, non à (Ahmed) Chalabi", chef du Congrès national irakien (CNI) parrainé par Washington. Une pancarte disait, en anglais, "Non à tous les Chalabi !". - (AFP.)
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 25.04.03
ericjeanloicbreton |
Ajouter un commentaire | 2003-04-28 11:37:51 PermalienETATS-UNIS, IRAN
Samedi 26 avril 2003
IRAN
IRAK George W. Bush et Donald Rumsfeld ont dénoncé vendredi toute ingérence de Téhéran dans les affaires irakiennes George W. Bush et Donald Rumsfeld ont dénoncé vendredi toute ingérence de Téhéran dans les affaires irakiennes. (Photo AFP) Les Etats-Unis lancent un avertissement à l'Iran [26 avril 2003] Washington espère qu'il n'y aura aucune ingérence de Téhéran en Irak. «Nous espérons que l'Iran permettra à l'Irak de se développer en une société stable et en paix», a déclaré jeudi le président américain dans une interview à la chaîne de télévision NBC. Interrogé sur une éventuelle action militaire américaine contre l'Iran en cas de refus de sa part à se conformer à cette demande, George W. Bush a répondu par la négative. «Nous attendons juste d'eux qu'ils coopèrent et nous travaillerons avec le reste du monde pour les encourager» dans ce sens, a-t-il dit. Les Etats-Unis ne permettront pas l'instauration d'un régime pro-iranien en Irak. La mise en garde a également été lancée, vendredi, par le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld qui a déclaré qu'«une minorité faisant beaucoup de bruit, clamant de transformer l'Irak à l'image de l'Iran, ne sera pas admise» à la tête de l'Etat. Bush : la présence militaire américaine en Irak pourrait durer deux ans. «La mission n'est pas achevée. Il y a toujours des dangers et des défis», a déclaré le président américain jeudi lors d'un discours à Lima (Ohio). Dans une interview à la chaîne NBC, le chef de la Maison-Blanche a estimé que la présence militaire étrangère en Irak pourrait durer deux ans. L'essentiel, «c'est que les bases pour la démocratie sont désormais en train de se mettre en place», a-t-il ajouté. Par ailleurs, Saddam Hussein pourrait avoir été tué dans les premiers raids sur Bagdad, selon George W. Bush. «Nous sommes en train d'essayer de vérifier cela avant toute déclaration», a-t-il conclu. Colin Powell appelle la Syrie à coopérer avec Washington. «J'attends du côté syrien une coopération. Je me rends en Syrie pour discuter de toutes les questions concernant le soutien au terrorisme et les frontières avec l'Irak», a déclaré le secrétaire d'État américain dans une interview publiée vendredi par le journal arabe Al-Hayat. «Nous ne voulons pas que la Syrie soit un refuge pour les dirigeants en fuite du régime de Saddam Hussein (...) mais je ne vois aucune raison pour lancer un avertissement» à Damas, a-t-il ajouté. Discret dîner franco-germano-britannique pour reprendre le dialogue sur l'Irak. Les ministres des Affaires étrangères français, allemand et britannique et le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère Javier Solana ont discrètement dîné ensemble jeudi soir à Bruxelles, marquant ainsi leur désir de réconciliation après les déchirements de la crise irakienne. Les quatre hommes se sont livrés à un «tour d'horizon de la situation internationale» en abordant en priorité le dossier irakien et la situation au Proche-Orient, a-t-on indiqué de sources diplomatiques. La commission des droits de l'homme adopte une résolution sur l'Irak. Les 53 Etats membres de la commission des droits de l'homme de l'ONU ont adopté vendredi une résolution sur l'Irak qui prolonge d'un an le mandat d'un rapporteur de l'ONU chargé de surveiller la situation des droits de l'homme dans le pays. La résolution, parrainée par les États-Unis et l'Union européenne, demande à la communauté internationale «de faire face d'urgence aux énormes besoins humanitaires de la population irakienne».
ericjeanloicbreton |
Ajouter un commentaire | 2003-04-26 13:30:09 PermalienIRAN, ETATS-UNIS, IRAK
Jeudi 24 avril 2003
irak Le chef de la diplomatie américaine ne se contente pas du nouveau «pragmatisme» de Paris, qui réagit avec sérénité Les faucons imposent leur ligne à Washington
Washington : de notre correspondant Jean-Jacques Mevel [24 avril 2003] Si la diplomatie française comptait sur sa dernière offre à l'ONU pour amadouer la Maison-Blanche, c'est, semble-t-il, raté : Colin Powell, figure la plus conciliante de l'équipe Bush, s'est empressé d'annoncer que le nouveau «pragmatisme» parisien ne l'empêchera pas de revoir en baisse ses relations avec la France.
Le secrétaire d'État a pesé son vocabulaire. Sur la chaîne publique PBS, il n'a pas parlé d'une punition contre Paris, à la différence de l'entourage du président. Il n'entend pas non plus lui faire «payer le prix» de sa défiance d'avant-guerre, ainsi que le souhaitent les durs du Pentagone. Mais pressé sur la question de savoir si Washington en tire les conséquences, il a clairement répondu «oui» : le veto antiguerre brandi par Jacques Chirac «nous conduira à regarder tous les aspects de notre relation avec la France», dit-il.
Le choix des mots est moins significatif que la chronologie. Colin Powell a été le premier à réagir à la suspension proposée des sanctions contre l'Irak, une offre diplomatique que Paris présente comme un geste d'apaisement. Washington, visiblement, n'est pas près de se laisser séduire. Mercredi soir, le secrétaire d'État s'exprimait quelques heures après une séance de travail à la Maison-Blanche, précisément consacrée aux «conséquences» qui guettent la France. Officiellement, rien n'a été décidé. Mais il paraît déjà évident que Jacques Chirac devra faire plus de la moitié du chemin s'il entend calmer l'agacement de George W. Bush.
Le Pentagone a déjà décidé de réduire sa présence au Salon aéronautique du Bourget, à la mi-juin, invoquant un calendrier d'expositions trop chargé. La mauvaise humeur est palpable derrière cette excuse de dernière minute. Sous la pression des avionneurs militaires américains, Donald Rumsfeld a désamorcé le boycott en bonne et due forme réclamé par quelques voix enflammées sur le Capitole.
Mais au Bourget, il se fera représenter par un simple colonel, plutôt que par le secrétaire à l'US Air Force comme le veut la tradition.
Au-delà de ce premier signal, tout dépendra de la docilité attendue de Paris et du poids exercé par les revanchards de l'équipe Bush, à commencer par le vice-président Dick Cheney. La Maison-Blanche, par intérêt commercial bien compris, a discrètement torpillé plusieurs projets de sanctions économiques mitonnés au Congrès contre Paris. Le handicap imposé aux entreprises françaises sur le marché de la reconstruction irakienne devrait rester l'exception.
Le règlement de comptes s'annonce en revanche délibéré sur les chapitres politiques et diplomatiques. Les États-Unis ne peuvent pas faire taire Jacques Chirac, mais ils ont les moyens pratiques de réduire l'influence de Paris sur les affaires du monde. La gestion américaine de l'après-Saddam, le contournement de la France à l'Otan sur le dossier turc et la zizanie européenne sur l'Irak préfigurent le possible.
La bouderie peut aussi conduire Washington à réduire les invitations à ses rendez-vous, qu'il s'agisse de la Fête de l'Indépendance le 4 juillet ou, plus grave, des conférences internationales que le président américain viendrait à parrainer. Après l'Irak, le règlement politique du dossier israélo-palestinien sera sans doute un test : Paris à vrai dire n'y partage déjà plus qu'un strapontin avec le reste de l'Union européenne.
En attendant de statuer impérialement sur le rôle futur de la France, l'équipe Bush a décidé d'opposer l'indifférence à ce qui émane de la «Vieille Europe». La levée des sanctions de l'ONU contre l'Irak, proposée mardi par Paris, était une (bonne) surprise, même si elle reste provisoire : Washington, seul maître à Bagdad, pourrait ainsi lancer la reconstruction tout de suite, sans contrainte héritée du passé.
La réponse américaine est pourtant restée plutôt fraîche. Avant Colin Powell, le département d'État n'y a vu que «le début d'une prise de conscience d'une situation nouvelle» pour Paris. A l'opposé du président français, l'ambassadeur John Negroponte s'est empressé de priver le Conseil de sécurité et les Nations unies «de tout rôle dans le désarmement de l'Irak, au présent comme dans un avenir prévisible».
Une bonne part de relations publiques entre dans cet acharnement à disqualifier la France qui est un bouc émissaire d'autant plus commode à l'échec diplomatique des États-Unis qu'elle se serait marginalisée. Si Paris pose au défenseur de l'ONU après avoir mené le «camp de la paix», Washington n'y veut voir que l'arrogance antiaméricaine d'une puissance en déclin.
Sous cet angle, Jacques Chirac porte la faute essentielle, celle du discrédit de l'ONU. «A ce moment très difficile, je ne crois pas que la France a joué un rôle utile», dit Colin Powell. La seconde résolution du Conseil de sécurité, restée mort-née juste avant la guerre, ne manquait pas de soutien, insiste-t-il. Elle s'est simplement heurtée «au veto certain de la France et à celui probable de la Russie».
Dans la rétribution postirakienne, Paris est aussi une cible sans grand frais. Washington ne veut pas se fâcher durablement avec l'Allemagne, première puissance européenne et traditionnellement atlantiste. Les États-Unis ne peuvent pas non plus se mettre à dos Vladimir Poutine : ils ont besoin de lui pour régler le dossier nord-coréen et pour gérer une Asie centrale toujours instable. Selon une formule à succès, la Maison-Blanche ignorera donc l'Allemagne, pardonnera à la Russie et punira la France.
Un élément personnel entre enfin dans l'équation : il y a peu d'atomes crochus entre George W. Bush, businessman texan, et Jacques Chirac, technocrate poli par 35 ans de politique nationale. Dès leurs premières rencontres, l'Américain laissa filtrer qu'il trouvait le Français «pompeux». Durant la crise irakienne, ils ne se sont pas parlé pendant 66 jours d'affilée. Lorsque le contact a été renoué, la semaine dernière au téléphone, la Maison-Blanche a décrit un échange «professionnel», comme si la fonction rapprochait seule les deux hommes.
Leur prochaine rencontre est fixée au 1er juin à Evian, où le président français accueillera le sommet annuel des sept grands pays industrialisés. Washington confirme le rendez-vous, mais ne garantit pas l'ambiance.
Les listes de produits français à boycotter se multiplient
New York: Guillemette Faure [28 mars 2003] «Il n'y a personne ici qui puisse répondre à vos questions. Vous savez, on est tout petit...», explique un peu confuse la standardiste du bureau de Floride d'où opère le site Internet NewsMax.com. Tout petit, mais suffisamment important pour s'offrir mercredi dans le New York Times un quart de page de publicité appelant au boycott des produits français. Ornée d'une photo de Jacques Chirac, l'annonce rappelle que «nous n'oublierons pas la façon dont la France a inlassablement travaillé pour soutenir l'Irak». Elle liste les «produits et services français» interdits, une énumération un peu confuse qui mélange des marques et des entreprises («Air liquide... le magazine Elle... tous les roqueforts...»), tout en omettant quelques grands groupes présents aux États-Unis (des banques, des firmes de luxe). Au New York Times, la responsable de la communication, Catherine Mathis, rappelle que le quotidien «acceptait la publicité d'opinion». Et de conclure: «Nous ne portons pas de jugement sur ces opinions et sur leurs arguments factuels.»
En dehors d'interdire les produits français, NewsMax.com se présente comme un site Internet républicain bon teint, qui publie les billets de chroniqueurs conservateurs et commercialise toutes sortes de produits dérivés de ces idées, des photos de Ronald Reagan aux T-shirts «J'aime Bush». NewsMax.com publie également un magazine du même nom, qui se targue d'avoir été «le premier à prévoir que Gore essayerait de voler les résultats de l'élection de 2000», «le premier à avertir d'une récession à venir» et dont les pages sont consacrées à ses héros (Donald Rumsfeld, John Aschcroft) et à ses têtes de Turc (les époux Clinton).
C'est un ex-grand reporter au New York Post, Christopher Ruddy, qui dirige cette petite société lancée en septembre 1998. Il défend sans réserve les thèses des «ultraconservateurs» américains. Il suffit de se rendre dans la boutique en ligne – elle génère environ 50% des 4,5 millions de dollars de recettes du petit groupe – pour s'en faire une idée plus précise. Fin 2001, NewsMax.com comptait 60 000 abonnés payants à son mensuel en ligne, soit une progression de 100% en un an. Malgré cela, la société affichait plus de 4,3 millions de dollars de pertes. La nouvelle guerre en Irak est idéale pour recruter de nouveaux abonnés. Un joli coup de pub.
NewsMax.com n'est pas le seul à en profiter: il a pioché sa liste sur un autre site: Metrospy.com, où là non plus personne ne souhaite répondre aux appels de journalistes. Metrospy.com veut fournir des conseils «à ceux qui veulent mener le boycott sérieusement», mais aussi d'autres listes comme celle des entreprises dont il faut vendre les titres, ou celle des événements internationaux à boycotter. Pour compléter la panoplie, Metrospy.com vend également, à côté d'autocollants «Boycott France», des porte-clés, listes de courses, à avoir avec soi au supermarché pour savoir en un clin d'œil si le produit acheté n'aurait pas des appartenances françaises cachées.
Plusieurs sites ont déjà entrepris de fournir des modes d'emploi des marques françaises, parce que, explique l'opérateur qui veut rester anonyme de FranceStinks.com, «l'Américain moyen ne sait pas que la chaîne Motel 6 appartient à un groupe français» (Accor). Ces listes ne font pas l'unanimité. Bill O'Reilly, l'animateur de Fox architecte, premier porte-parole du boycott, a limité sa liste à neuf marques françaises, en excluant les chaînes d'hôtel pour, dit-il, protéger les emplois des Américains qui y travaillent et «ne pas faire de mal aux franchisés». Il prône en revanche le boycott des produits vendus au détail, comme l'eau d'Evian ou les yaourts Danone. Il ne sait probablement pas qu'ils sont produits dans trois entreprises américaines. (Avec Jacques-Olivier Martin à Paris)
Stigmatisé pour sa «déloyauté», l'Hexagone est désormais sous la menace de représailles économiques et politiques dans l'après-guerre
(Dobritz)
Comment les États-Unis veulent punir la France
Washington : de notre envoyé spécial Charles Lambroschini [28 mars 2003] «La France se conduit en ennemi stratégique des États-Unis»... Spécialiste des questions de sécurité, Michael Ledeen appartient à ce groupe d'intellectuels de droite qui a donné au «nouvel ordre mondial» célébré par George W. Bush sa légitimité idéologique. Participant à un colloque de l'American Enterprise Institute, un des centres de recherche stratégiques les plus réputés de Washington, il ne mâchait donc pas ses mots lundi: «L'Amérique profonde est très en colère contre Jacques Chirac. En encourageant Saddam à la résistance, la politique du président français a coûté la vie à plusieurs de nos soldats.»
Washington est habitué à la contestation française. James Wolsey, directeur de la CIA au temps de Clinton, rappelle que, déjà, lors de la guerre d'indépendance américaine, les relations étaient souvent tendues entre George Washington et Lafayette, le vainqueur de la bataille de Yorktown, qui vit pourtant tomber plus de Français que d'Américains. Helmut Sonnenfeldt, ancien de l'équipe Kissinger, énumère depuis son bureau de la Brookings Institution, les innombrables différends qui ont marqué les rapports franco-américains depuis cinquante ans: sous de Gaulle, la querelle à propos de la force nucléaire française ou la rupture avec l'Otan; plus tard, le contentieux du gazoduc sibérien, Paris étant accusé d'avoir poussé l'Europe à faire affaire avec l'URSS. Mais la crise actuelle est bien plus profonde. La dispute, explique Wolsey, a de loin dépassé le niveau de celles qui mettent du sel dans la vie des vieux couples. «Ce que nous reprochons à la France, ce n'est pas qu'elle exerce son droit à la liberté d'expression, mais d'être allée trop loin. Elle a organisé la coalition du non à l'Amérique.»
Les civils du Pentagone, qui donnent à l'Administration Bush son ton radical, se veulent impitoyables: il faut que Chirac paie son insolence. Des représailles économiques seraient la riposte la plus logique. Un banquier français de New York remarque: «Dans les mois à venir, un PDG qui aura le choix entre signer avec un PDG français, italien ou espagnol, risque d'écarter systématiquement le Français.» Le problème, c'est qu'en punissant les entreprises françaises on punit aussi les entreprises américaines. Boycotter Evian se solderait par une perte sèche pour Coca-Cola qui est le distributeur de cette eau minérale pour les États-Unis. Refuser d'acheter des pneus Michelin condamnerait au chômage les milliers d'ouvriers américains qui travaillent dans les usines que le groupe français a ouvertes en Caroline du Sud. Entre l'Europe et les États-Unis, qui échangent chaque jour 1 milliard de dollars en marchandises et 2 milliards en produits financiers, le commerce est en effet trop imbriqué pour qu'il soit possible de distinguer entre les intérêts de l'un et ceux de l'autre. Lorsque le député républicain du New Jersey, James Saxton, a appelé les sociétés qui ont des contrats avec le Pentagone à boycotter le Salon aéronautique du Bourget, il s'est heurté à un refus catégorique. «Si nous n'y allons pas, ont répondu unanimes les industriels américains, nous perdrons des marchés.»
La sanction sera d'abord symbolique. On videra encore quelques bouteilles de beaujolais dans les caniveaux de New York et le stilton britannique connaîtra plus de succès que le roquefort. Ginny Brown-Waite, une député républicaine de Floride, a eu sa minute de gloire télévisée quand elle a proposé de rapatrier les corps des GI tombés en Normandie le 6 juin 1944: «Nos soldats doivent reposer dans leur patrie plutôt que dans un pays qui ne respecte pas la mémoire des Américains morts pour la France.»
À écouter Justin Waisse, un chercheur français de la Brookings Institution, le vrai pouvoir de nuisance ne se révélera qu'au moment de la reconstruction de l'Irak: «Les firmes françaises seront systématiquement écartées de tous les chantiers.» Inutile d'avoir des regrets: la participation militaire de la France à la première guerre du Golfe ne lui avait rien rapporté. À l'époque ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas raconte que le roi d'Arabie saoudite, pour remercier Paris d'avoir aidé à protéger son pays, avait offert à la France une concession pétrolière particulièrement généreuse. Mais, quelques mois plus tard, la concession avait été annulée sous la pression de Washington.
La vengeance des faucons sera essentiellement politique. «Les Américains, explique Waisse, accroîtront leurs efforts pour diluer l'Union européenne. Plus que jamais ils vont récuser le projet de Jacques Chirac de convertir l'Europe en contrepoids à la puissance des États-Unis. La Maison-Blanche veut qu'à travers l'Otan les Européens partagent le fardeau militaire, mais elle refuse l'idée qu'une diplomatie et une défense communes puissent un jour retourner la coopération en concurrence.» George W. Bush exploitera au maximum l'alliance de revers qui se dessine entre Washington et les anciens satellites de Moscou. Sonnenfeldt affirme: «Les pays d'Europe centrale, qui ont été si longtemps privés de leur identité par le joug soviétique, ne sont pas près de sacrifier à l'Europe intégrée leur souveraineté enfin retrouvée. Et encore moins si la seule raison d'être de ce plan est de contrebalancer l'Amérique à qui ils doivent leur libération.»
Thomas Donelly, un autre des penseurs néoconservateurs, qui ont tellement d'influence aujourd'hui à Washington, est, lui, partisan d'un dédain bienveillant. Sous le titre Pax Americana, il a écrit un article ironisant sur les illusions de la France. «Paris s'imagine que le «pouvoir doux» d'une puissance moyenne, tel qu'il s'exerce à travers les Nations unies, a une valeur similaire au «pouvoir dur» que seules garantissent la richesse économique et la force militaire.» Mais, devant le Conseil de sécurité, la France n'a remporté qu'une victoire à la Pyrrhus car «elle n'a pas obtenu que George W. Bush fasse ce que Jacques Chirac voulait qu'il fasse: laisser Saddam Hussein au pouvoir».
Sonnenfeldt renchérit. À ses yeux, l'obsession de la France à retrouver un statut de grand aboutit au résultat inverse: l'affaiblissement. «Le Conseil de sécurité est très important pour la France, constate Sonnenfeldt, parce que c'est la seule enceinte où, grâce au droit de veto, Paris se retrouve à égalité avec Washington. Mais si le Conseil de sécurité sabote toutes les initiatives américaines, il se transformera en coquille vide du jour où les États-Unis décideront d'aller voir ailleurs.» Selon Donelly, il s'agira alors de créer des institutions où «un lien sera rétabli entre le droit d'écrire la loi internationale et la responsabilité de son application».
Michael Ledeen croit avoir le mot de la fin: «Entre la France et les États-Unis, la blessure sera impossible à guérir aussi longtemps que Chirac sera au pouvoir.» Mais le président français étant assuré de rester à l'Élysée jusqu'en 2008, cette prédiction suppose que George W. Bush obtiendra d'être reconduit à la Maison-Blanche l'an prochain. Rien n'est moins sûr si l'on en juge par les malheurs de Bush père: vainqueur de la guerre du Golfe en 1991 mais vaincu de l'élection présidentielle de 1992.
ETATS-UNIS
Le Parlement américain appelle au jeûne Un texte adopté par la Chambre des représentants invite les citoyens à observer une journée de jeûne et de prière afin de "rechercher conseil auprès de Dieu".
Bush en prière avant son discours devant l'armée américaine à Tampa (Floride) mercredi (AP)
En pleine guerre en Irak et devant la menace terroriste, les Etats-Unis en appellent à la Providence. Le Congrès américain a demandé au président George W. Bush de décréter une journée de jeûne et de prière, ce qui ne s'est pas vu depuis Abraham Lincoln. Après le Sénat le 17 mars dernier, la chambre des représentants a en effet adopté à son tour jeudi une motion appelant à la tenue d'une journée de jeûne et de prière pour "assurer la bénédiction et la protection de la Providence pour le peuple des Etats-Unis et nos forces armées durant le conflit en Irak et devant la menace du terrorisme à l'intérieur du pays". En lançant cet appel, le Congrès américain remonte ainsi aux origines des Etats-Unis d'Amérique, avant même la Guerre d'indépendance. Le texte de la motion votée par les représentants rappelle ainsi que le 1er juin 1974, l'assemblée de Virginie (Virginia House of Burgesses) avait appelé à une journée de jeûne et de prières en solidarité avec le peuple de Boston assiégé par les Britanniques.
Depuis 1863
Le 16 mars 1776, le Congrès continental réunissant les représentants des 13 colonies décrétant que les "Libertés de l'Amérique font face à un danger imminent" et proclamant la nécessité de "reconnaître la toute puissante Providence de Dieu" avait appelé à un jour "d'humiliation, jeûne et prière". Le 28 juin 1787, lors du débat de la Convention constitutionnelle, Benjamin Franklin, "convaincu de l'implication intime de Dieu dans les affaires humaines, implora le Congrès de demander l'assistance du ciel". Enfin, le 30 mars 1863, en pleine guerre de Sécession, Abraham Lincoln, "à la demande du Sénat, et reconnaissant lui-même la nécessité que la Nation se montre humble devant Dieu en repentance des pêchés nationaux, a proclamé une journée de jeûne, prière et humiliation". La motion souligne que les Américains devraient profiter de cette journée «pour rechercher conseil auprès de Dieu afin de mieux comprendre nos propres défauts, d'apprendre à nous améliorer dans nos tâches quotidiennes et d'avoir plus de détermination face aux défis posés à notre pays». Les parlementaires emboîtent ainsi le pas de George W. Bush. La référence à la religion, à Dieu, au bien et au mal, s'est faite omniprésente dans le discours du président américain depuis les attentats du 11 septembre 2001. (AP)