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Vendredi 14 mars 2003

france-angleterre
Alors que le premier ministre britannique dénonce l'intransigeance de Paris, les journaux d'outre-Manche jouent du sentiment antifrançais
Chasse au Français ouverte dans les médias anglais


Londres : de notre correspondant Jacques Duplouich
[14 mars 2003]

«Les ministres déclarent ouverte la chasse au Français.» Le titre du journal The Guardian, hier, peut paraître racoleur. Le manque de retenue, voire l'excès d'antipathie, qu'il prête aux membres du gouvernement de Tony Blair contraste, en effet, avec le discours officiel en vigueur jusqu'à présent. En effet, en public et en privé, les ministres évitaient soigneusement de grossir démesurément le désaccord entre Paris et Londres sur le dossier irakien. «Il ne sert à rien de nier nos différences sur la manière de contraindre Saddam Hussein à désarmer», confiait récemment au Figaro Denis MacShane, le ministre des Affaires européennes. «Mais l'objectif d'une étroite coopération pour faire en sorte que l'Europe tienne un rôle ambitieux dans le monde est toujours aussi fort à Londres et à Paris», ajoutait-il. L'Irak, fâcheuse pomme de discorde, ne devait pas masquer l'harmonie effective dans les relations bilatérales, insistait-il.

C'était avant l'annonce par Jacques Chirac que la France mettrait son veto à toute résolution de l'ONU aboutissant inéluctablement, «quelles que soient les circonstances», à une intervention armée en Irak. Depuis, la crispation est perceptible. La nervosité, tangible. Les écarts de langage, de moins en moins contrôlés. Mercredi, lors des questions au premier ministre, à la Chambre des communes, Tony Blair n'a pas caché son exaspération en évoquant, sans la nommer, «une nation qui complique les choses». Et qui, par là même, nourrit ses tourments domestiques en lui fermant tout recours diplomatique possible à l'ONU.

C'est pourquoi, après avoir longtemps rongé son frein et ravalé sa colère, le premier ministre, dans le cul-de-sac diplomatique où il se trouve, aurait donné carte blanche aux membres du gouvernement et aux fonctionnaires de Whitehall pour faire porter à la France la responsabilité de la crise et ses conséquences. «Les officiels ont été informés par «la plus haute autorité» qu'ils peuvent casser du Français», rapportait aimablement, hier, The Guardian. Après les outrances francophobes aussi triviales que pathétiques des groupes de presse de Rupert Murdoch et de Conrad Black, un nouveau déferlement antifrançais est, donc, à l'ordre du jour. Politiquement piloté, cette fois. Et advienne que pourra.

Malgré les milliers de lettres de sympathie et d'encouragement à tenir bon expédiées à l'ambassade de France au Royaume-Uni par des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté, jouer du sentiment antifrançais est une recette éprouvée. Pas très glorieuse peut-être, mais probablement «payante». Il suffit de s'entretenir avec tel ou tel ministre pour constater l'abîme qui sépare Britanniques et Français sur l'analyse du dossier irakien. De vieilles rancoeurs réapparaissent. L'«égoïsme éhonté» de Paris, par exemple, qui ne songerait qu'aux intérêts de ses industriels, pas à la souffrance du peuple irakien. «L'odeur de pétrole» dans la «protection» (sic) sans vergogne de Saddam Hussein. La «gesticulation» gaulliste, à défaut de gaullienne, de Jacques Chirac.

Et ce n'est pas seulement le président de la République qui est en cause. C'est un peuple qui, des trotskistes à Jean-Marie le Pen, serait fasciné par le son du clairon chiraquien. Tout comme la presse française, qui aurait perdu le peu de sens critique qui lui restait. Cet unanimisme, comprendre «aveuglement», donne «le haut-le-coeur», explique, sans gêne, un ministre. Lequel ne prétend pas, cependant, que la «diversité» britannique qui met en péril l'autorité du premier ministre est plus satisfaisante.

Remarques fielleuses et à peu près politico-historiques mêlées aux approches antagonistes sur les moyens de neutraliser Saddam Hussein font monter la tension. Downing Street ne se contient plus. Le porte-parole de Tony Blair soulignait, hier matin, que la France a «empoisonné» le processus diplomatique en brandissant son droit de veto. «L'intransigeance absolue» de Paris rend la position des indécis au Conseil de sécurité impossible, a confié Tony Blair au chef de l'opposition tory, Iain Duncan Smith. En conséquence, la deuxième résolution escomptée pour justifier l'engagement des forces britanniques pourrait bien ne pas aboutir, reconnaît le premier ministre. Un embarras annonciateur, pour lui, de tumultes domestiques lourds de conséquences en raison de l'hostilité des Britanniques à une guerre sans l'aval de l'ONU. La faute à Paris.

«Les raisons de Jacques Chirac sont ténébreuses, affirme The Guardian. S'agit-il, en fait, de préserver l'ordre international ou bien de narguer les Américains et de glorifier la France ?» Poser la question, c'est y répondre, de ce côté-ci de la Manche. Un diplomate britannique l'a confié au Times : «La tactique de rudoiement» – le veto «quelles que soient les circonstances» – adoptée par la France «est porteuse de crise». Alors, si la crise aboutit à l'échec de l'ONU dans la solution du dossier irakien, «la faute en incombera à la France, pas à Londres ou à Washington», précise-t-il. La technique du bouc émissaire se met en place.

En se défaussant, ainsi, sur la France de ses difficultés, Tony Blair n'assouvit pas seulement une vendetta personnelle. Il met en place une stratégie qu'il espère salvatrice. Certain qu'en accablant le voisin d'outre-Channel il n'aura pas affaire à des ingrats dans son pays.

La reine Elisabeth II n'ira pas en Belgique

Le palais de Buckingham a annoncé hier que la reine Elisabeth II d'Angleterre avait reporté sine die sa visite en Belgique, prévue la semaine prochaine. Le Foreign Office, qui a recommandé à la reine de reporter son voyage en Belgique, a jugé qu'il ne serait «pas approprié pour Sa Majesté d'être hors du pays dans les circonstances actuelles», faisant allusion à une possible guerre en Irak soutenue par la Grande-Bretagne. La Belgique partage pour sa part les positions françaises.

Le ministère belge des Affaires étrangères a confirmé que la visite de la reine était reportée «en raison de la situation internationale».

Sa Majesté avait été invitée à Bruxelles mardi et mercredi par le roi Albert II de Belgique. Elle devait notamment se rendre au quartier général de l'Otan à Bruxelles. «La visite sera reprogrammée ultérieurement», a déclaré le palais, sans faire référence à la crise irakienne.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-14 10:39:04
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Jeudi 13 février 2003

IMMIGRATION







Introduction au droit d'asile appliqué au Royaume-Uni sur le site officiel du gouvernement britannique (en anglais)

L'Organisation internationale des migrations site officiel de l'OIM (en anglais)

La Fédération internationale des droits de l'homme et Amnesty international sont deux ONG mondiales particulièrement engagées dans la protection des droits des réfugiés (en anglais)


L’art de se

débarrasser


des demandeurs

d’asile



"The Guardian"(extraits), Londres

Pour résorber l’afflux de réfugiés, des hauts fonctionnaires britanniques proposent de créer des zones régionales de rétention… en Somalie, au Maroc ou en Iran !

Tony Blair va devoir se pencher ces jours-ci sur un étonnant rapport qui a été conjointement concocté par le ministère de l’Intérieur et par son propre cabinet. Intitulé “Une nouvelle vision pour les réfugiés”, ce rapport vise à mieux contrôler le flux de demandeurs d’asile au Royaume-Uni. [Le sujet est devenu extrêmement sensible depuis la mort, le 14 janvier, d’un officier de police lors d’une opération antiterroriste au domicile d’un demandeur d’asile algérien. La presse tabloïd s’est, en effet, emparée de l’émotion suscitée par le meurtre de Stephen Oake pour relancer le débat sur le système d’asile politique britannique, jugé trop laxiste.]

Les hauts fonctionnaires de Sa Majesté proposent donc la création de “zones régionales de protection” vers lesquelles tout demandeur d’asile arrivant à Douvres serait orienté après un interrogatoire, un relevé d’empreintes digitales et une brève détention sur le sol britannique. Mais ces “zones régionales de protection” n’auraient de régionales que le nom, puisque les “régions” envisagées pour leurs installations sont... la Turquie, l’Iran, la Somalie ou le Maroc. Le rapport avance aussi la nécessité d’établir ce type de zones pour les Balkans et le Zimbabwe - tout en reconnaissant que l’affaire sera délicate pour ce dernier cas - qui n’est pas considéré comme problématique par ses voisins.

Ces “zones de protection” serviraient principalement de “centres de traitement des demandes”. Les migrants économiques pourraient y être envoyés après leur arrivée au Royaume-Uni en attendant que leur demande d’asile soit traitée par l’administration britannique. Le rapport, encore confidentiel, précise que “l’envoi des demandeurs d’asile dans des zones régionales de protection devrait avoir un effet dissuasif sur les migrants économiques et les terroristes potentiels qui utilisent la procédure d’asile pour mieux entrer au Royaume-Uni”. Toujours aussi imaginatifs, les services gouvernementaux sollicités ajoutent cependant que “cet effet ne sera véritablement significatif que si les zones ainsi créées sont en nombre suffisant et si les demandeurs ne trichent pas sur leur nationalité pour éviter leur renvoi”. Afin de compléter ce dispositif, le candidat demandeur d’asile ne pourra plus faire appel de la décision de renvoi tant qu’il n’a pas atteint la zone de protection. Il pourra tout de même bloquer son exécution en invoquant devant le tribunal les menaces que cette mesure d’éloignement fait peser sur sa sécurité.

Reste qu’il sera difficile de convaincre les pays évoqués d’accueillir ces zones, même si elles doivent être financées “pour l’essentiel” par un groupe de nations occidentales. Comme “modèle”, le rapport évoque le précédent constitué par le système mis sur pied dans les années 70 pour les réfugiés des guerres de la péninsule indochinoise, les fameux boat people. Le même rapport envisage également l’établissement de “zones de protection” aux frontières de l’UE élargie dans les régions du monde où la demande d’émigration économique vers l’Occident est forte. Le texte évoque, par exemple, des pays comme l’Ukraine ou la Russie.

“Délocaliser” les réfugiés et laisser l’ONU tout gérer

Après un premier interrogatoire destiné à établir leur identité et à les enregistrer, tous les demandeurs d’asile - vrais ou faux réfugiés - se verraient accorder une protection pour six mois. Passé ce délai, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui serait chargé de gérer l’ensemble de ces “zones de protection”, aurait à se prononcer sur le bien-fondé de leur requête. Les déboutés seraient bien évidemment expulsés, sans possibilité de recours, par le HCR. A l’issue de cette “délocalisation” forcée, les “vrais” réfugiés ayant des liens dans un pays donné - Royaume-Uni ou autre - pourraient venir s’y installer. La répartition des demandeurs d’asile admis se ferait selon un système de quotas. Enfin, les rédacteurs du rapport conseillent au Premier ministre de faire en sorte que “le nombre de personnes autorisées à s’installer dans notre pays soit plus élevé que le nombre de celles renvoyées dans les zones de protection à leur arrivée. Sinon on pourra nous accuser à juste titre de nous décharger du problème de l’immigration sur le tiers-monde.”

Alan Travis



ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-13 08:54:08
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Mardi 4 février 2003

ANGLETERRE-FRANCE
FRANCE - ROYAUME-UNI

Le 25è sommet
franco-britannique

Jacques Chirac et Tony Blair se rencontrent sur fond de tension à propos de l'Irak. La réforme des institutions européennes est aussi au menu.


Chirac et Blair au Touquet (AP)
 



Le président français Jacques Chirac et le Premier ministre britannique Tony Blair ont ouvert ensemble mardi peu après 11h au Touquet (Pas-de-Calais) le 25e sommet franco-britannique, dont les débats devraient être dominés par la crise irakienne.
MM. Chirac et Blair ont passé côte à côte les troupes en revue, avant d'aller à la rencontre des quelques centaines de personnes qui avaient bravé le froid pour assister à la cérémonie. Quelques minutes auparavant, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, arrivé en même que la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, celui des Affaires étrangères Dominique de Villepin et celui de l'Education Luc Ferry, s'était également offert un court bain de foule. "Raffarin, Raffarin!", scandaient quelques spectateurs.
Jacques Chirac, Tony Blair et Jean-Pierre Raffarin se sont ensuite engouffrés dans l'Hôtel de Ville où ils devaient s'entretenir jusqu'à la mi-journée. Après un déjeuner de travail à l'Hôtel Westminster, Français et Britanniques doivent se retrouver en séance plénière peu après 15h au Palais de l'Europe.

PAC et Irak

Au menu de ce sommet, qui avait été reporté de trois mois en raison d'une brouille entre Paris et Londres autour de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) en décembre dernier, figurent la réforme des institutions européennes, mais aussi la préparation des festivités du centième anniversaire de "l'entente cordiale" en 2004.
Mais les débats devraient surtout être dominés mardi par la question irakienne, à la veille de l'intervention du secrétaire d'Etat américain Colin Powell devant l'ONU, au cours de laquelle il doit présenter des "preuves" sur le réarmement irakien. Quelque 230 journalistes avaient fait le déplacement mardi au Touquet.
Après avoir rencontré le président américain George W. Bush à Washington, Tony Blair devrait tenter mardi de rallier le président Jacques Chirac à l'idée d'une seconde résolution de l'ONU sur ce dossier.
La Grande-Bretagne veut que le Conseil de sécurité des Nations unies vote une deuxième résolution qui autoriserait une intervention militaire en Irak pour que l'autorité de l'organisme international soit "renforcée", a confirmé mardi sur RTL Denis MacShane, le ministre britannique délégué aux Affaires européennes.
"A la fin, il y a une seule question: qui va sortir gagnant de ce conflit? Soit Saddam Hussein, qui tâche d'organiser le soutien pour le terrorisme et qui, on le sait, a des armes biologiques et chimiques, ou bien les Nations unies", a-t-il estimé, avant de préciser: "Moi, en tant qu'ami de la France, je trouve difficile à croire que la France ne va pas soutenir, à la fin, l'autorité des Nations unies".
Paris a jusque-là toujours défendu l'idée d'une poursuite des inspections, estimant qu'une intervention armée ne pouvait ne constituer qu'un "ultime recours".

Sangatte

Restent les sujets sur lesquels Londres et Paris devraient pouvoir s'accorder sans peine.
La fermeture du camp de réfugiés de Sangatte, d'où partaient chaque jour des dizaines de candidats à l'émigration en Grande-Bretagne, mais aussi la levée de l'embargo sur la viande bovine britannique, après des années de résistance française, devraient faire fleurir les sourires au Touquet.
Tout comme la préparation du centenaire de l'"Entente cordiale" conclu en 1904, à l'aube du XXe siècle pour refermer la page d'un XIXe siècle de rivalités entre les deux puissances coloniales. Un anniversaire qui devrait toutefois être célébré avec une discrétion de bon aloi, en raison des turbulences entre Paris et Londres. (avec AP)

FRANCE - ROYAUME-UNI

Mugabe invité à Paris
avec l'accord de Londres

Selon Le Monde, l'invitation du président zimbabwéen à Paris - qui avait suscité l'émoi du gouvernement britannique - a été en réalité négociée entre la France et la Grande-Bretagne.


Robert Mugabe (AP)
 


La venue du président zimbabwéen Robert Mugabe au sommet France-Afrique les 20 et 21 février prochains à Paris, une invitation qui a soulevé la polémique en Grande-Bretagne puis l'émoi du gouvernement britannique, a été en réalité négociée entre la France et la Grande-Bretagne, rapporte le quotidien Le Monde dans son édition daté de mardi.
Selon le quotidien du soir, le premier ministre Tony Blair et le président français Jacques Chirac avaient évoqué la venue de Robert Mugabe à Paris lors du "sommet européen de Copenhague, les 12 et 13 décembre". "Blair informé, nous avons fait savoir à Mugabe, le 20 décembre, qu'on souhaitait sa venue au sommet franco-africain", indique une source à l'Elysée, cité par Le Monde.

Pressions

Toujours selon le quotidien, "le 7 janvier, l'invitation formelle est transmise au chef de l'Etat zimbabwéen" d'assister au sommet France-Afrique, alors que "les ministres français et britannique des Affaires étrangères fixent dans ses détails l'accord au sujet du Zimbabwe".
"Seulement, sous la pression de son opinion publique, de l'opposition conservatrice, mais aussi de militants dans ses propres rangs, le gouvernement britannique n'a pas assumé le marchandage conclu avec les autorités françaises...", écrit Le Monde.
Un porte-parole du cabinet de Tony Blair a vigourousement démenti l'article du Monde, affirmant qu'il n'y avait eu aucun accord entre le Premier ministre britannique et Jacques Chirac au sujet de Mugabe, car une telle question nécessite une décision prise à l'unanimité par l'ensemble des 15 pays membres de l'UE.

Télégramme diplomatique

Mais Le Monde cite et reproduit des extraits d'un télégramme diplomatique du Quai d'Orsay, daté du 7 janvier, montrant que les deux ministres des Affaires étrangères français et britannique, Dominique de Villepin et Jack Straw, ont réglé trois questions: "l'invitation de M. Mugabe à Paris, puis à Lisbonne où doit se tenir, le 3 avril, un sommet euro-africain et, enfin, la reconduction pour un an des sanctions en vigueur depuis le 18 février 2002", qui interdisent au président zimbabwéen de se rendre dans un pays de l'Union européenne.
"Quand l'invitation à Paris de Robert Mugabe est révélée dans la presse britannique, puis confirmée par les autorités françaises, le 23 janvier, Tony Blair et Jack Straw n'ont pas le courage de reconnaître que ce n'est pas une nouvelle pour eux", conclut Le Monde. (AP)


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-04 07:18:51
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