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Jeudi 6 mars 2003

EUROPE

Charge

britannique

 contre la

Convention

européenne


Londres aurait voulu supprimer du projet de Constitution «la primauté du droit communautaire».

Par Jean QUATREMER

jeudi 06 mars 2003


 
 
 

«On n'est pas ici pour détricoter cinquante ans de construction européenne !» Paolo Ponzano, représentant suppléant de la Commission
  Bruxelles (UE) de notre correspondant

ony Blair tombe le mas que. Son représentant à la Convention européenne, Peter Hain, a offert, hier, un feu d'artifice d'euroscepticisme, tel qu'on n'en avait plus vu depuis les glorieuses années où Margaret Thatcher était Premier ministre du Royaume-Uni (1979-1990). Amendement après amendement, Hain a suggéré de revenir à l'Europe telle qu'elle était au début des années 60... Paolo Ponzano, représentant suppléant de la Commission, s'en est étranglé : «On n'est pas ici pour détricoter cinquante ans de construction européenne !» Il semble loin le temps où le Premier ministre britannique, fraîchement élu, proclamait qu'il voulait être au «coeur de l'Europe».

Retour en arrière. Peter Hain, soutenu par le gouvernement irlandais, a sorti l'artillerie lourde en proposant de «biffer» du projet de Constitution la pierre angulaire de l'intégration européenne, en l'occurrence «la primauté du droit communautaire». Selon ce principe fondamental, qui a permis l'harmonisation des différentes normes juridiques qui constituaient autant d'entraves au Marché unique, le droit européen l'emporte toujours sur les droits nationaux. Concrètement, par exemple, c'est ce principe qui empêche la France de violer impunément la directive européenne sur les dates de chasse aux oiseaux migrateurs... Même la Dame de fer n'a jamais proposé un tel retour en arrière, bien au contraire : elle avait parfaitement compris que les pouvoirs de «Bruxelles» lui permettraient de faire avaler à la France la potion libérale qu'elle concoctait. Les faits lui ont donné raison, l'Hexagone ayant abandonné, sous les coups de boutoir de «Bruxelles», la plupart des oripeaux de l'économie mixte.

Position adoucie. Lord Maclennan of Rogart, un libéral démocrate, s'est d'ail leurs étranglé en entendant son concitoyen : «La primauté du droit communautaire a été affirmée en 1964 par la Cour de justice des communautés européennes», a-t-il rappelé. Jean-Luc Dehaene, le vice-président de la Commission, a lancé à Hain : «Vous craigniez de dire clairement aux opinions publiques ce qu'est l'UE ?» Hormis l'Irlande, personne n'a soutenu Londres dans cette aventure. Peter Hain a donc légèrement adouci sa position : «On peut envisager de ne pas supprimer la primauté, mais il faut mieux rédiger le texte...»

Il a ensuite poursuivi son offensive en se disant «déconcerté» par le nombre de fois où le texte faisait référence à la «coopération loyale» entre Etats... Le représentant de Sa Gracieuse Majesté a déploré que le projet de Constitution ose prétendre que «l'Union agit dans les limites des compétences qui lui sont attribuées par la Constitution» alors que, selon lui, ce sont les «Etats membres» qui lui attribuent des compétences. Le commissaire européen Antonio Vitorino a ironisé : «Je vous rappelle que l'Union existe parce que les Etats membres existent. Il faut cesser de lutter contre des moulins et des fantômes. Ce sont les Etats membres qui sont au départ de tout et non Dieu.» «Les eurosceptiques vont se battre pied à pied», a analysé le député européen Alain Lamassoure au cours d'une conférence de presse : «C'est désormais un combat de rue, maison par maison.» Cela promet.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-06 06:54:01
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Vendredi 28 février 2003

EUROPE

• LE MONDE | 28.02.03 | 13h30

• MIS A JOUR LE 28.02.03 | 15h55


Les Quinze parviennent à un accord sur le droit au regroupement familial des étrangers

Bruxelles de notre bureau européen

Après trois années de difficiles négociations entre les Quinze, le conseil des ministres "justice et affaires intérieures" (JAI), réuni à Bruxelles, jeudi 27 février, a conclu un accord sur le regroupement familial des étrangers en situation régulière.

Ce texte, qualifié de "pas en avant très important" par le ministre grec de l'ordre public, Michalis Chrisochoïdis, et d'"agréable surprise" par le commissaire européen, Antonio Vitorino, fixe les conditions dans lesquelles excercer le regroupement familial. Il avait été présenté pour la première fois par la Commission en janvier 2000 puis, sous une forme amendée, en mai 2002. M. Vitorino a reconnu que son contenu s'était quelque peu "dilué" au fil des discussions, mais il a souligné sa portée symbolique en notant que l'Union se dotait pour la première fois d'un "instrument législatif" en matière d'immigration légale et qu'elle marquait ainsi sa volonté de répondre au "défi majeur" de l'intégration des immigrés dans les sociétés d'accueil.

Le projet de directive était fortement soutenu, outre par la Commission, par la France, la Belgique et la Suède et fortement combattu par l'Allemagne, l'Autriche et les Pays-Bas. On estime, du côté français, que le compromis auquel sont parvenus les Quinze représente "une pièce importante dans une politique de contrôle des flux migratoires", même si l'harmonisation prévue est a minima. Les négociations butaient notamment sur l'âge minimal des époux et sur l'âge maximal des enfants, ainsi que sur l'accès des membres de la famille au marché du travail.

CONDITIONS D'&AcircGE

La directive adoptée par les ministres de l'intérieur des Quinze, en l'absence de Nicolas Sarkozy, mais en présence de son homologue allemand, Otto Schily, précise que les Etats membres autorisent l'entrée et le séjour, sous conditions, du conjoint du demandeur et de ses enfants mineurs, y compris les enfants adoptés s'ils sont à la charge de l'un ou de l'autre. La directive peut aussi s'appliquer, au cas où les Etats membres le décideraient, par voie législative ou réglementaire, à un partenaire non marié s'il a avec le demandeur "une relation durable et stable dûment prouvée" ou s'il lui est lié par "un partenariat enregistré". En cas de polygamie, le regroupement se limite à un seul conjoint.

Deux conditions d'âge sont incluses dans la directive. D'une part, les Etats membres peuvent exiger que le demandeur et son conjoint aient atteint un âge minimum, qui ne peut être supérieur à celui de la majorité légale. D'autre part, ils peuvent exiger que les demandes concernant les enfants mineurs soient déposées avant que ceux-ci aient atteint l'âge de 15 ans. Si la demande est faite après cet âge, les Etats autoriseront leur entrée et leur séjour sur d'autres bases que le regroupement familial.

En ce qui concerne le droit au travail, le texte précise que les membres de la famille doivent avoir accès à l'éducation, à l'orientation et à la formation professionnelles ainsi qu'à un emploi salarié ou une activité indépendante. Sur ce point, les Etats membres peuvent, pendant un délai qui ne saurait dépasser un an, "examiner la situation de leur marché du travail avant d'autoriser les membres de la famille à exercer un emploi".

ULTIME AMENDEMENT

Enfin, il est prévu que les Etats membres peuvent rejeter une demande de regroupement familial "pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique". Un ultime amendement précise que les notions d'ordre et de sécurité publics s'appliquent aussi aux cas où le demandeur "appartient à une association qui soutient le terrorisme international" ou "soutient une telle association" ou lorsqu'il défend des idées extrémistes.

Un autre texte relatif à l'immigration était soumis à la discussion des ministres de l'intérieur ou de leurs représentants. Il portait sur le statut des réfugiés qui ont obtenu le droit d'asile, les uns au titre de la convention de Genève, qui les protège contre les persécutions de leur Etat, les autres au titre de la "protection subsidiaire" - appelée en France "asile territorial" -, qui concerne les persécutions non étatiques. Si les premiers bénéficient de droits "largement incontestés", selon les termes de la présidence grecque, il y a divergence sur les droits accordés aux seconds, en particulier dans le domaine de l'accès à l'emploi. L'opposition de l'Allemagne, en particulier, n'a pas permis qu'un accord soit trouvé. Le conseil des ministres a décidé de poursuivre la discussion afin de parvenir à un accord avant la fin de la présidence grecque, en juin 2003.

M. Vitorino a fait état de progrès autorisant "l'espoir d'un bon résultat" à cette date.

Thomas Ferenczi

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 01.03.03

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-28 13:04:21
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Samedi 22 février 2003

PRAGUE
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  Prague "fortement déçu" et "pas d'accord" avec Jacques Chirac (ministre)

PRAGUE, 21 fév (AFP) - Prague a été "fortement déçu" par les récents propos de Jacques Chirac à l'adresse des futurs membres de l'Union européenne et "n'est pas d'accord" sur ce point avec le président français, a déclaré vendredi le chef de la diplomatie tchèque Cyril Svoboda. "Nous constatons que nous sommes fortement déçus et ne sommes pas d'accord avec ce qu'a été dit dans la déclaration du président de la République française", a souligné M. Svoboda lors d'une conférence de presse à l'issue d'une rencontre avec son homologue polonais, Wlodzimierz Cimoszewicz.

Selon le chef de la diplomatie polonaise, l'Europe a besoin d'un "dialogue de partenaires" puisque le vieux continent "est une famille d'Etats à droits égaux ayant des opinions individuelles".

M. Cimoszewicz a rappelé qu'il s'était récemment adressé à la présidence de l'Union européenne pour demander une "analyse juridique claire" concernant la position des futurs membres de l'UE lors de la prochaine conférence inter-gouvernementale.

Le chef de la diplomatie polonaise s'attend à une "position sur pied d'égalité", a-t-il souligné.

Les deux ministres ont constaté que les relations tchéco-polonaises sont "excellentes" et que leurs pays ont des "opinions similaires concernant le futur arrangement en Europe".



   
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  M. Kwasniewski veut discuter avec M. Chirac de ses déclarations "injustes"

VARSOVIE, 21 fév (AFP) - Le président polonais Aleksander Kwasniewski a déclaré vendredi qu'il souhaitait discuter avec son homologue français Jacques Chirac de ses propos "injustifiés, mal placés et injustes" sur les positions pro-américaines des futurs membres de l'UE. "Comme c'est le chef de l'Etat français, pays qui joue un grand rôle dans tout cela, la conception de ne pas animer la flamme, de garder son calme et de tenter d'expliquer ses positions est plus sage aujourd'hui que celle de se lancer dans une bataille", a expliqué M. Kwasniewski à la radio privée Zet.

Il a salué la réaction du gouvernement polonais, dont le ministre des Affaires étrangères Wlodzimierz Cimoszewicz, qui avait considéré les propos de M. Chirac d'"incident sans grands effets".

"Les propos du président Chirac ont été certainement injustifiés et mal placés, injustes. Ils présentaient une conception européenne qu'il est impossible d'approuver", a indiqué le chef de l'Etat polonais.

Il a souligné qu'il avait demandé à l'ambassade de France à Varsovie d'organiser un entretien téléphonique avec Jacques Chirac.

A l'ambassade, on indiquait avoir transmis la demande à Paris tout en indiquant dans l'après-midi n'avoir "pas encore reçu d'informations sur un rendez-vous téléphonique".

M. Chirac avait fustigé lundi les anciens pays de l'Europe communiste aspirant à entrer dans l'UE, estimant qu'ils avaient "manqué une bonne occasion de se taire" en s'alignant sur la position guerrière des Etats-Unis dans la crise irakienne.




ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-22 12:23:07
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Dimanche 16 février 2003

BOYCOTT AMERICAIN
ECHANGES COMMERCIAUX.
François Loos : « Un boycott américain serait illégal »
François Loos, ministre délégué au Commerce extérieur, ne veut pas croire à un boycott de la France par les Etats-Unis alors que des menaces de rétorsion planent sur certains de nos produits et sur le Salon du Bourget.

Pour François Loos, ministre délégué au Commerce extérieur, « les affaires suivent leur cours », sans risque de boycott.   (LP/OLIVIER LEJEUNE.)

Le ministre délégué au Commerce extérieur, François Loos, croise régulièrement le fer avec les Etats-Unis dans le cadre des négociations commerciales multilatérales. Des partenaires rudes mais qui, selon lui, ne prendraient pas le risque d'un boycott qui les mettrait en contravention avec les règles internationales.

La tension politique entre les Etats-Unis et la France a-t-elle un impact sur les relations industrielles et commerciales entre eux ?
François Loos. Non. Les affaires restent les affaires et suivent leur cours. Les Américains ont toujours été de rudes partenaires économiques, en particulier dans les négociations commerciales internationales. Je vous rappelle qu'ils avaient décidé, l'an dernier, une hausse des droits de douane sur les produits sidérurgiques européens. Ils ont été aussi condamnés en 2002 par l'OMC (NDLR : Organisation mondiale du commerce) à payer 4 milliards d'euros pour pratiques non conformes aux règles de l'OMC.
Ils ont des moyens de pression financiers et politiques plus puissants » N'y a-t-il pas un risque de boycott des produits français ?
Certains députés ou sénateurs peuvent agiter cette menace, mais le gouvernement français n'a reçu aucune menace dans ce sens, tant des autorités américaines que des entreprises ou des milieux patronaux américains. Certains consommateurs australiens ont eu cette tentation en 1995 lorsque la France a repris ses essais nucléaires, mais ce mouvement a eu peu d'impact. Un boycott serait, de toute façon, totalement illégal. L'Union européenne déposerait plainte immédiatement auprès du tribunal international compétent, et les Etats-Unis seraient alors condamnés. Les Américains ne peuvent et ne veulent pas prendre un tel risque. Nous n'envisageons donc pas cette hypothèse. Nous faisons confiance au gouvernement américain pour respecter la loi commerciale internationale.
Le Salon du Bourget semble être la cible de certains parlementaires...
Boycotter le Salon du Bourget serait totalement absurde car c'est une vitrine exceptionnelle pour les produits américains dans un secteur extrêmement concurrentiel. Les autorités américaines ont des moyens de pression financiers et politiques autrement plus puissants pour décrocher de grands contrats tant en matière civile que militaire.
Si la situation se dégradait, la France appellerait-elle de son côté à boycotter les produits américains ?
Ce qui vaut pour les Etats-Unis vaut pour la France, qui se mettrait alors dans une totale illégalité. Il n'en est donc pas question. Les Etats-Unis sont nos partenaires commerciaux et des alliés de plus de deux siècles.

Propos recueillis par Jannick Alimi
Le Parisien , samedi 15 février 2003


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-16 12:05:04
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Jeudi 13 février 2003

SHARON
BELGIQUE

Sharon pourra être poursuivi
dès la fin de son mandat

La Cour de cassation belge rend à nouveau recevable une plainte contre le Premier ministre israélien Ariel Sharon pour les massacres de Sabra et Chatila en 1982. Il pourra être jugé à la fin de son mandat.

 
Ariel Sharon (AP)
 
La Cour de cassation belge a annulé mercredi une décision de justice qui avait déclaré irrecevable une plainte pour crimes de guerre contre Ariel Sharon, mais a gelé les poursuites tant que le Premier ministre israélien sera en fonction.
Le Sénat belge a voté fin janvier deux propositions de loi visant à préciser la portée de la loi de "compétence universelle". Ces propositions stipulent notamment que cette loi unique au monde, qui permet aux tribunaux belges de juger les auteurs présumés de crimes de guerre, de génocide ou de crimes contre l'humanité, s'applique "sans considération du lieu où l'auteur présumé du crime peut être trouvé".

Israël menace

Une situation juridique loin de satisfaire l'Etat hébreu. Ainsi, Israël a déjà fait savoir qu'il prépare une "série de mesures de rétorsions" contre la Belgique au cas où la loi belge de "compétence universelle" serait modifiée pour permettre la relance de poursuites contre le Premier ministre israélien Ariel Sharon.
"Selon des informations précises et concordantes, l'Etat hébreu et son département des Affaires étrangères a préparé une série de mesures de rétorsions diplomatiques sans précédent dans l'histoire des relations entre les deux pays", écrivait fin janvier le quotidien Le Soir.
L'Etat hébreu pourrait ainsi rappeler son ambassadeur en Belgique mais il n'irait pas cependant jusqu'à rompre ses relations diplomatiques avec Bruxelles, selon Le Soir.

Sabra et Chatila

Des rescapés des massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, au Liban, en 1982, avaient porté plainte à Bruxelles en juin 2001 contre M. Sharon (ministre de la Défense au moment des faits) en l'accusant de responsabilité indirecte dans ces massacres.
Au ministère belge des Affaires étrangères, on estime à propos du vote du Sénat qu'il s'agit d'un "malentendu" en déclarant que la volonté des parlementaires et du gouvernement belges n'est pas de viser spécifiquement le chef du gouvernement israélien.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-13 09:21:47
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Mardi 11 février 2003

DOSSIER IRAK

• LE MONDE | 11.02.03 | 13h00

• MIS A JOUR LE 11.02.03 | 17h06


La France est devenue la cible préférée des attaques de l'administration Bush et de ses partisans

Washington de notre correspondant

La position adoptée par la France, l'Allemagne et la Belgique, au Conseil de l'Atlantique-Nord, lundi 10 février, a fait monter d'un degré l'exaspération qui se fait entendre, aux Etats-Unis, à l'égard des alliés européens hostiles à une guerre en Irak. George Bush, à qui on demandait s'il était en colère, a répondu qu'il était seulement "déçu que la France empêche l'OTAN de venir en aide à la Turquie". "Je pense que cela affecte l'alliance de façon négative", a ajouté M. Bush. Observant que "la France est une amie de longue date des Etats-Unis" et que les deux pays "ont beaucoup de choses en commun", le président américain a regretté la "décision à courte vue" prise par Paris, et souhaité qu'elle soit "reconsidérée".

Plus tôt dans la journée, Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense, avait souligné que le rapport des forces était de 16 contre 3 au sein de l'OTAN, et déclaré "inexcusable" le comportement des trois pays récalcitrants. Il a indiqué, aussi, que les Etats-Unis aideraient la Turquie dans le cadre de leurs relations bilatérales. Les dirigeants américains affirment que ce qui est en question n'est pas l'Irak, mais la protection que l'alliance doit à un de ses membres, en l'occurrence la Turquie. Ils estiment, en outre, que les divergences entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d'un côté, la France et l'Allemagne, de l'autre, renforcent Saddam Hussein.

M. Bush a rejeté les concessions faites par l'Irak, la dernière en date étant, lundi, l'autorisation de survol du territoire par des avions de surveillance américains, russes et français. "La raison pour laquelle nous avons besoin de ces - avions - U2, c'est qu'il ne désarme pas", a déclaré le président américain en parlant de Saddam Hussein. "Il cherche seulement à gagner du temps", a ajouté M. Bush, après un entretien avec le premier ministre australien, John Howard, qui soutient la position américaine. Le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher, a déclaré insignifiants les autres gestes irakiens, annoncés à Bagdad, la veille, par les chefs des inspections, Hans Blix et Mohamed ElBaradei.

Les dirigeants américains estiment en outre que la proposition française et allemande, approuvée par la Russie, de renforcer les inspections, n'a pas de sens. Comme l'a dit, dimanche, le secrétaire d'Etat, Colin Powell, ou bien les Irakiens acceptent de désarmer, et il n'est pas nécessaire d'envoyer davantage d'inspecteurs pour le constater ; ou bien ils refusent, et ce ne sont pas les inspecteurs, quel que soit leur nombre, qui les feront changer d'avis.

"SINGES CAPITULARDS"

Alors qu'une épreuve de force diplomatique est engagée avant le nouveau rapport que M. Blix et M. ElBaradei doivent faire, vendredi, au Conseil de sécurité, le gouvernement américain et ses partisans mettent en cause particulièrement la France devant l'opinion.

Ainsi M. Bush, interrogé sur ce qui s'était passé à l'OTAN, a-t-il désigné du doigt la France, et non l'Allemagne ou la Belgique. Le terrain a été préparé par des journaux et des éditorialistes conservateurs qui, depuis une quinzaine de jours, se sont spécialisés dans les attaques haineuses non seulement contre le gouvernement français, mais contre les Français en tant que tels.

Le Wall Street Journal a ainsi publié dans ses pages "débats", le 6 février, un dessin représentant un Français, muni du béret caractéristique, mais avec une tête de rat. Le dessin accompagnait un article d'un essayiste anglais vivant aux Etats-Unis, Christopher Hitchens, décrivant les Français comme un peuple de lâches et de corrompus.

Le Weekly Standard, hebdomadaire néoconservateur, a publié plusieurs articles et éditoriaux présentant Jacques Chirac et son gouvernement comme alliés de Saddam Hussein pour des raisons économiques - le pétrole - et les Français comme des antisémites.

La National Review, autre magazine de droite, qualifie les Français de "singes capitulards amateurs de fromages". L'éditorialiste George Will, qui écrit dans le Washington Post et l'hebdomadaire Newsweek, appartenant au même groupe, et qui s'exprime aussi sur la chaîne de télévision ABC, a écrit que Dominique de Villepin est un personnage "oléagineux" et que personne ne sait combien il faut de soldats pour défendre Paris, "car il y a si longtemps qu'on n'a pas essayé !".

Le thème de la lâcheté et de l'esprit munichois revient constamment dans ces attaques, de même que l'accusation d'avoir laissé les troupes allemandes envahir le pays sans combattre en 1940. Lundi, un quotidien de New York, le New York Post, apostrophait les Français, en première page, avec ces mots : "Nous nous sommes fait tuer pour vous !", référence au débarquement du 6 juin 1944.

M. Powell a fait écho aux caricatures antifrançaises lorsqu'il a déclaré, dimanche, sur ABC, que les inspecteurs de l'ONU n'ont pas pour fonction de "jouer les détectives ou les inspecteurs Clouseau". L'inspecteur Clouseau est le personnage principal de "La Panthère rose", une série de films comiques où Peter Sellers, avec moustache et gabardine, incarne un policier français prétentieux et ridicule.

Concentrer les attaques sur la France semble permettre de diminuer, aux yeux de l'opinion américaine, les difficultés auxquelles se heurte le gouvernement Bush. "Les Français ont des accords économiques avec Saddam Hussein et ils s'opposent systématiquement à la puissance américaine", déclarait sur la chaîne publique PBS, lundi soir, James Wosley, ancien directeur de la CIA. Le sous-entendu est que, dans ces conditions, les objections françaises à la politique de M. Bush sont sans valeur.

Patrick Jarreau


L'antiaméricanisme européen en débat

Pendant que les Français s'interrogent sur l'image que se forment d'eux les Etats-Unis à l'occasion de la crise irakienne, des Américains se préoccupent des sentiments d'hostilité soulevés, à l'étranger, par leur politique. Dans son édition du 11 février, le Washington Post publie une enquête sur l'antiaméricanisme en Europe de l'Ouest, intitulée "Sarcasmes d'outre-Atlantique". L'auteur de l'article, Glenn Frankel, prend pour exemple l'Allemagne, la France et "même la Grande-Bretagne, le plus cher allié des Etats-Unis".

Bien qu'"émotionnel, spontané et contradictoire", "sans chef, ni programme ni idéologie" et même sans appellation revendiquée, "l'antiaméricanisme ouest-européen se répand", écrit-il, "débordant les habituels intellectuels de gauche et les universitaires" pour toucher une géographie politique plus large. Né des désaccords avec la politique américaine à l'égard de l'Irak après les attentats du 11 septembre 2001, ce "sentiment s'est rapidement élargi pour inclure un sens plus général de l'aliénation à l'égard de la société américaine", estime l'auteur.


Le soutien à une guerre en Irak se renforce

Le soutien des Américains à la politique irakienne de George Bush, même dans le cas d'un conflit, s'est renforcé depuis le discours du président américain sur l'état de l'Union, le 28 janvier, et celui de Colin Powell devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le 5 février. Selon un sondage effectué pour ABC News et le Washington Post, du 6 au 9 février auprès de 1 001 personnes, le taux d'approbation de M. Bush, qui avait régulièrement baissé depuis le 11 septembre 2001 jusqu'à atteindre 62 % fin janvier, est remonté à 64 %, contre 34 % qui désapprouvent sa politique. 66 % (contre 31 %) des personnes interrogées sont prêtes à soutenir une action militaire pour chasser Saddam Hussein ; 50 % (contre 47 %) sont prêtes à le faire, même si l'ONU s'y oppose ; le soutien à une intervention armée remonte à 57 % (contre 40 % qui y seraient opposés) si, en dépit de l'opposition de l'ONU, quelques alliés comme la Grande-Bretagne, l'Australie et l'Italie soutenaient les Etats-Unis.

Près de 7 Américains sur 10 sont convaincus que l'Irak a des armes chimiques et biologiques, et 6 sur 10 qu'il cherche à se doter d'armes nucléaires.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.02.03

• LE MONDE | 06.02.03 | 13h13


Dix pays d'Europe signent une lettre en faveur de la campagne de Washington contre Bagdad
Le groupe de Vilnius, formé par les anciens Etats communistes aspirant à l'adhésion à l'OTAN, se déclare prêt à rejoindre une coalition en vue de désarmer le régime de Saddam Hussein.

Bruxelles de notre bureau européen

La crise irakienne continue de faire éclater les divisions des Européens et montre que les pays de l'Est sont plus attachés à l'Amérique qu'à l'Union européenne. Quelques jours après que huit dirigeants européens (Royaume-Uni, Espagne, Italie, Portugal, Danemark mais aussi Pologne, République tchèque, Hongrie) ont publié une lettre appelant à se ranger sous la bannière américaine, c'est au tour de dix anciens pays communistes aspirant à entrer dans l'Alliance atlantique de faire de même. Ce groupe créé en 2000 à Vilnius pour favoriser leur adhésion à l'Alliance atlantique rassemble la Lettonie, la Lituanie, l'Estonie, la Slovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, la Roumanie, l'Albanie, la Croatie et la Macédoine. Les sept premiers ont été invités en novembre à adhérer à l'OTAN en 2004, les cinq premiers à entrer dans l'Union européenne en 2004 aussi, tandis que l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie est prévue en 2007.

Dans leur lettre, les dix affirment qu'il est "clair que l'Irak viole réellement les résolutions du Conseil de sécurité, dont la résolution 1441"et se disent "prêts à participer à une coalition internationale pour mettre en œuvre ses recommandations et le désarmement de l'Irak".

Dans ce texte, pourtant rédigé avant l'intervention de Colin Powell devant les Nations unies, ils estiment que le secrétaire d'Etat américain a présenté des "preuves convaincantes" que le dirigeant irakien Saddam Hussein cache des armes de destruction massive et a des liens avec le terrorisme.

"C'est une idée qui est survenue de façon spontanée la semaine dernière", après la publication de la lettre des huit dirigeants européens, a indiqué à l'Agence France-Presse l'ambassadeur de Lituanie auprès de l'OTAN, Ginte Damusus, en soulignant qu'elle "avait eu un impact" sur la décision des pays du groupe de Vilnius de rédiger à leur tour une déclaration de soutien. Pour un diplomate occidental, "ces pays sont soucieux avant tout d'intégrer l'OTAN et que la ratification au Congrès américain se passe bien. Ils veulent donner des gages. Les lobbys américains sont très actifs dans ces pays et ce n'est pas une lettre à génération spontanée".

"LA PARADE DES VASSAUX"

Ces deux lettres aggravent les divisions entre la "vieille Europe", selon l'expression du secrétaire américain à la défense, Donald Rumslfeld, qui regroupe l'Allemagne, la France, la Belgique et le Luxembourg, et à la "nouvelle Europe", emmenée par Tony Blair et qui inclut les pays de l'est très proaméricains. "La parade des vassaux a commencé", a lâché la semaine dernière l'eurodéputé chrétien-démocrate allemand après la publication de la première lettre.

Cette première initiative prise par les capitales, sans en informer les Grecs qui exercent la présidence tournante de l'Union ni la Commission, a mis à nu les divisions de l'Europe. Elle est contraire au traité de l'Union européenne, qui explique dans son article 11-2 que "les Etats membres appuient activement et sans réserve la politique extérieure de l'Union dans un esprit de loyauté et de solidarité mutuelle" et qu'ils "s'abstiennent de toute action contraire aux intérêts de l'Union ou susceptible de nuire à son efficacité en tant que force de cohésion dans les relations internationales". Mais la Commission a préféré jusqu'à présent minimiser l'ampleur des divergences européennes plutôt que demander aux Etats un respect des règles.

En privé, ses responsables ne cachent pas leur découragement face à ces initiatives. Les Grecs pour leur part envisagent de convoquer une réunion extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement sur l'Irak, qui ne peut arriver que trop tôt – on affichera ses divergences – ou trop tard – les jeux seront joués outre-Atlantique.

Le premier accroc a eu lieu avec la Pologne fin 2002. Après avoir négocié bec et ongle au sommet de Copnehague, à la mi-décembre, pour obtenir plus d'aides de l'UE, elle a décidé deux semaines après d'acheter des F-16 américains, au lieu de s'équiper en Europe.

L'Amérique lui en sait gré. "Je n'ai pas de meilleur ami en Europe aujourd'hui", a déclaré le président Bush à son homologue polonais Aleksander Kwasniewski en janvier, lors d'une visite d'Etat, la seconde seulement accordée à un dirigeant étranger sous la présidence Bush. Interrogé par Le Monde, le premier ministre estonien, Siim Kallas, affirme, niant l'évidence, que "nous n'avons pas besoin de nous positionner contre l'Union ou contre l'OTAN et j'espère que nous n'aurons jamais à le faire". Mais dans le Wall Street Journal, son prédécesseur Mart Laar déclare que "les pays d'Europe centrale et les autres ne feront pas de l'antiaméricanisme à la française".

Une réunion extraordinaire des ambassadeurs de l'OTAN devait se tenir, jeudi à Bruxelles, à propos des demandes américaines concernant la défense de la Turquie en cas de conflit en Irak.

Arnaud Leparmentier

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.02.03
Irak : le Premier ministre réaffirme la position de la France *

Jean-Pierre Raffarin, Vladimir Poutine et Dominique de Villepin. Photo AFP.                                                                                                                                                                                    En visite en Inde, le Premier ministre a réaffirmé la position de la France concernant l'Irak : "nous voulons que les inspecteurs [de l'Onu] travaillent bien en Irak". "Je crois qu'aujourd'hui on peut dire que sur le plan international la France et l'Inde ont un message commun à faire passer en faveur de la paix" a ainsi déclaré le Premier ministre vendredi 8 février. Jean-Pierre Raffarin a également abordé la question de l'Irak avec Vladimir Poutine, reçu mardi à Matignon.
* Irak : le Premier ministre réaffirme la position de la France                                                                                                                                                                                                  [ lire l'article ]

Otan : Pékin soutient officiellement la France
Le président chinois Jiang Zemin a déclaré mardi par téléphone au président français Jacques Chirac que son pays soutenait la proposition de la France, de l'Allemagne et de la Russie d'étendre les inspections en Irak, ont annoncé les médias d'Etat chinois. «Les inspections en Irak sont efficaces et doivent être poursuivies et renforcées afin de mettre en oeuvre la résolution 1441» de l'Onu, a déclaré M. Jiang, cité par l'agence officielle Chine Nouvelle. «La guerre n'est bonne pour personne, et il est de notre responsabilité de prendre les mesures nécessaires pour l'éviter», a-t-il ajouté.

Avec AFP
[11 février 2003]

D'intenses consultations étaient en cours en fin de matinée à Bruxelles avant une nouvelle réunion des ambassadeurs de l'Alliance atlantique afin de trouver une issue à la crise profonde qui a éclaté au sein de l'OTAN où la France, la Belgique et l'Allemagne ont opposé leur veto aux demandes américaines.

Les Etats Unis qui veulent dédramatiser la crise de l'Otan en affirmant qu'elle trouvera une issue positive, dissimulent cependant difficilement leur exaspération.

«Je suis déçu que la France empêche l'Otan d'aider un pays comme la Turquie», a déclaré le président américain George W. Bush, estimant qu'elle avait «un effet négatif» sur l'Alliance atlantique.

«La France ne participe pas aux activités militaires de l'Alliance, elle ne prend aucune responsabilité, mais cela ne l'empêche pas de faire usage de son veto», s'est indigné Richard Perle, un conseiller proche du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. «Nous pourrions bien cesser de tolérer la position privilégiée qu'occupent les Français (à l'Otan)», a-t-il mis en garde.

Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a soutenu pour sa part que «la planification se poursuivrait hors de l'Otan si nécessaire», tout en se disant «sûr que l'Otan trouvera un moyen d'y arriver finalement».

Le chef de la diplomatie belge Louis Michel a pour sa part souligné que le veto «ne concerne pas la sécurité de la Turquie» mais les autres requêtes de Washington. «Notre veto ne concerne pas la sécurité de la Turquie, qui est légitime», a déclaré M. Michel. «Mais on nous demande plus que cela, le remplacement des forces de protection américaines en Allemagne ou celui des troupes US dans les Balkans. Nous serions donc peut-être amenés à envoyer des hommes», a-t-il ajouté.

Paris et Bruxelles, comme Berlin, considèrent qu'accepter les demandes américaines ferait entrer prématurément l'Otan dans une «logique de guerre».

L'Otan a convoqué une nouvelle réunion extraordinaire des 19 ambassadeurs mardi après-midi à Bruxelles, la troisième en deux jours. Celle de mardi matin avait du être reportée.

A quelques jours d'une réunion cruciale du Conseil de sécurité des Nations Unies qui entendra un nouveau rapport des chefs des inspecteurs, à Berlin des sources proches du gouvernement allemand, affirment qu'onze des quinze membres du Conseil de sécurité de l'Onu sont pour la prolongation des inspections en Irak.

«L'Allemagne a la même opinion que beaucoup de membres du Conseil de sécurité de l'Onu», ont déclaré ces sources, citant quatre pays qui ne la partageaient pas: «les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, en partie, l'Espagne et la Bulgarie». «Le reste a la même position que le gouvernement allemand», ont-elles déclaré.

L'initiative commune de l'Allemagne, la France et la Russie, vise à rassembler les autres membres autour de «l'alternative à la guerre» contre l'Irak et à contrer l'offensive américaine en faveur d'une résolution fixant un ultimatum à l'Irak.

La Chine semble également se ranger dans le camp des opposants à la guerre. «Nous avons pris connaissance de la déclaration de la France, la Russie et l'Allemagne soulignant que plus d'efforts devaient être entrepris dans le travail d'inspection d'armements des Nations Unies», a déclaré à Pekin la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhang Qiyue. «La Chine salue et soutient toutes les initiatives pouvant aider à une solution politique de la question irakienne», a poursuivi la porte-parole.

Les ambassadeurs aux Nations Unies de l'Allemagne, de la France et de la Russie ont demandé que leur déclaration politique soit officiellement distribuée à l'ensemble des membres du Conseil de sécurité.

Dans cette déclaration, Berlin, Moscou et Paris affirment qu'il «y a encore une alternative à la guerre» et qu'elle passe par la poursuite et le renforcement des inspections du désarmement de l'Irak.

L'Irak s'est pour sa part engagé lundi à se conformer entièrement à son obligation de désarmer. Les vols d'avions espions U2 réclamés par les inspecteurs de l'Onu sont désormais autorisés «sans conditions» au-dessus de l'Irak, a déclaré l'ambassadeur irakien à l'Onu, Mohamed Al-Douri. Ce dernier a également souligné que, outre les U2, des Mirages français et des Antonov russes seraient autorisés à survoler le territoire irakien.

Toutefois, le même jour où son pays acceptait les vols de surveillance de l'Onu, le président Saddam Hussein a affirmé que demander à l'Irak de cesser d'utiliser sa défense anti-aérienne lors des survols de l'aviation américaine et britannique équivaudrait à une «capitulation».

Enfin, les renforts militaires américains continuent à affluer dans le Golfe et les pays avoisinants où ils dépassent maintenant 133.000 hommes.


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ÉNERGIE Les grandes manoeuvres ont commencé pour le partage des réserves irakiennes

Certains évoquent la création d'un consortium national dont quelques grands opérateurs étrangers auraient chacun un pourcentage significatif.
(Photo DR.)
 
Les pétroliers européens face à l'offensive américaine


Frédéric de Monicault
[11 février 2003]

Alors que toutes les chancelleries débattent sur le bien-fondé d'une intervention militaire, les grandes compagnies pétrolières du monde entier se placent d'ores et déjà dans la perspective de l'après-guerre en Irak. Là aussi, deux camps se dessinent. D'un côté, les «majors» américaines affichent la volonté d'un développement massif. De l'autre, leurs homologues européennes font tout aujourd'hui pour éviter le risque d'être écartées du partage programmé des richesses irakiennes, qui représentent 10% des réserves mondiales de pétrole. La lutte d'influence est sans merci.

Si une offensive réussie des Etats-Unis pourrait mettre les compagnies américaines sur orbite, en face, deux pays apparaissent mieux placés que les autres : la Russie et la France. Depuis que Bagdad a contracté auprès de Moscou une dette de 10 milliards de dollars, les représentants russes ont fait part de leurs exigences, à savoir l'implantation dans les meilleures conditions pour leurs deux principales compagnies, Loukoïl et Yukos.

De son côté, TotalFinaElf a décidé de se battre sur le terrain du droit, en invoquant le respect des projets de contrats. Au début des années 80, Total et Elf, qui n'avaient pas encore fusionné, avaient négocié des contrats de partage de production en Irak. Les négociations, qui se sont prolongées pendant sept ans, ont débouché sur la signature de deux contrats de l'ordre de 4 milliards de dollars chacun. Toutefois, rien n'a officiellement été signé.

«Si on se place dans la perspective de l'immédiat après-guerre, de deux choses l'une : ou le nouveau régime irakien endosse les contrats négociés – ou les modifie peu ou prou –, ou bien il décide de faire table rase du passé, quitte à avantager les compagnies américaines au mépris des liens que de nombreux opérateurs avaient entrepris de tisser en Irak», explique un professionnel.

Cependant, estimer que du jour au lendemain le pétrole irakien, en cas de changement de régime, coulera à flots au bénéfice des compagnies américaines est un leurre. D'abord, le chantier de la reconstruction des infrastructures pétrolières irakiennes est énorme : détruites à deux reprises – pendant la guerre contre l'Iran d'abord et ensuite au cours de la guerre du Golfe –, ces infrastructures sont exsangues. Il faudra plusieurs années avant qu'elles tournent à plein. En l'occurrence, alors que Bagdad ne produit actuellement que 2 millions de barils par jour (mbj), loin des 7 mbj produits par l'Arabie saoudite, on estime qu'il faudra au moins cinq ans pour parvenir à 6 mbj.

Ensuite et surtout, comment l'Opep pourra-t-elle s'accommoder d'une production irakienne en sensible augmentation ?

«S'il n'y a pas de discussion préalable, c'est tout l'équilibre du marché pétrolier qui risque d'être remis en cause, car le cartel ne supportera pas d'être tenu à l'écart de la reconstruction de l'industrie pétrolière irakienne», explique un expert. Autrement dit, la question se pose déjà de la réintégration effective de Bagdad dans l'Opep.

Précisément, au nom de cette nécessaire concertation entre les pays producteurs et consommateurs, certains envisagent l'hypothèse d'un retour aux sources pour le pétrole irakien. A savoir la création d'un consortium national dont quelques grands opérateurs étrangers auraient chacun un pourcentage significatif. Une telle solution aboutirait à une complète redistribution des cartes, forcément liée aux résultats de la bataille diplomatico-militaire qui se joue actuellement.

En attendant, les cours du brut, soutenus par les incertitudes, continuent à tutoyer les sommets. Hier à l'ouverture des marchés à Londres, le baril de brent dépassait 32 dollars. C'est son plus haut niveau depuis deux ans. Si les marchés pétroliers sont sceptiques quant à une issue pacifique à la crise, beaucoup considèrent que, tant que le Venezuela n'en aura pas définitivement terminé avec la grève générale, Washington ne déclenchera pas les hostilités. Et pour cause, si le marché était doublement privé des livraisons irakiennes et du brut vénézuélien, cela pourrait provoquer une flambée sans précédent des prix.

Pour autant, la volonté de mainmise de Washington sur Bagdad ne doit pas faire oublier que les compagnies américaines sont déjà très influentes en Irak grâce à leurs intermédiaires. Chaque mois, dans le cadre du programme de l'ONU «pétrole contre nourriture», des centaines de milliers de barils partent pour les Etats-Unis, sous l'impulsion des Russes en particulier, qui achètent pour revendre outre-Atlantique. Autrement dit, guerre ou pas guerre, le marché américain est déjà approvisionné par le brut irakien, même si effectivement aucune compagnie américaine ne se ravitaille en direct sur place.


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• LE MONDE | 11.02.03 | 13h39


Nouvelle entente mondiale autour de la fusion thermonucléaire
La Chine et les Etats-Unis ont rejoint l'Europe, la Russie et le Japon pour construire Iter, un réacteur fonctionnant avec la même énergie que celle des étoiles. Quatre sites, dont un en France, sont prêts à héberger cette machine de 4,7 milliards d'euros. Elle pourrait fonctionner en 2013.

La "sainte-alliance" de la fusion thermonucléaire, cette forme d'énergie inépuisable que produisent le Soleil et les étoiles et que l'humanité voudrait bien s'approprier, est reconstituée. Quinze ans après avoir été nouée. Cinq ans après avoir été rompue. En moins de dix jours, la Chine puis les Etats-Unis ont annoncé qu'ils participeraient à la construction de la nouvelle version du réacteur expérimental de fusion thermonucléaire Iter ("voie" en latin) que les Européens, les Russes et les Japonais ont dessinée.

Si l'arrivée de la Chine - qui se propose de financer 10 % du coût de ce projet de 4,7 milliards d'euros - est une nouveauté, celle des Etats-Unis marque un revirement de Washington dans ce domaine. Les Américains, pourtant à l'origine du projet Iter, l'avaient en effet quitté en 1999. Mais, aujourd'hui, c'est avec des effets de manche - une annonce du président Bush et un discours du secrétaire d'Etat à l'énergie à Princeton -, même si leur apport financier non encore affiché n'est ni raisonnable ni compatible avec leur ambition - c'est l'équivalent de celui envisagé par la Chine -, que les Etats-Unis font leur retour.

Fort de ce soutien et soucieux de défendre dès maintenant les intérêts français, le gouvernement de M. Raffarin a confirmé, vendredi 31 janvier, que la France était candidate à accueillir à Cadarache (Bouches-du-Rhône), non loin du centre d'études du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), ce réacteur expérimental Iter que les collectivités locales de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur se sont engagées à soutenir financièrement.

Cette soudaine embellie et ce débordement d'enthousiasme pour une forme d'énergie qui ne fera au mieux ses preuves industrielles que dans une soixantaine d'années ne sont pas sans rappeler les élans de 1988. A cette époque, la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev commençait à porter ses premiers fruits et laissait augurer d'une Union soviétique plus ouverte sur le monde. Comment alors accompagner ce mouvement et ouvrir la science aux interactions internationales ? Par la science, ce que fit M. Gorbatchev en proposant à Ronald Reagan et François Mitterrand de construire ensemble un réacteur à fusion baptisé Iter.

AVANCE DES SOVIÉTIQUES

Un projet auquel se sont joints toute l'Union européenne - associée à la Suisse et au Canada - et le Japon, et qui devait démontrer la capacité de ces pays à mettre l'énergie des étoiles en bouteille. Cette proposition était d'autant plus justifiée, au-delà de son aspect médiatico-politique, que les physiciens soviétiques ont, dès 1968, obtenu de premiers résultats dans ce domaine grâce à une machine révolutionnaire, le Tokamak, que les Européens, comme les Américains et les Japonais, ont depuis brillamment copiée et améliorée.

Ces machines, comme le JET européen (le plus performant), le TFTR américain, le Tore Supra français et le JT-60 japonais, ont à plusieurs reprises produit des réactions thermonucléaires, mais jamais en quantités suffisantes pour que le processus de fusion s'autoentretienne. Ne copie pas le Soleil qui veut. D'autant que notre étoile pratique cet art depuis déjà 5 milliards d'années.

Iter se devait donc d'aller au-delà du JET et de démontrer sa capacité à fonctionner, non plus pendant quelques secondes, mais pendant une période relativement longue - 1 000 secondes - permettant de démontrer le bien-fondé de la fusion avant la mise en œuvre d'un réacteur pré-industriel capable de produire de l'électricité par ce moyen. Pour ce programme, la toute nouvelle coalition Est-Ouest décida donc d'aller vite et d'investir 6 milliards de dollars (conditions économiques de 1989) dans l'affaire.

La machine devait être prête pour 2005. Elle devait brûler un mélange à haute température (150 millions de degrés) de deutérium et de tritium et être capable de générer une puissance de 1 500 mégawatts thermiques, soit la moitié de ce que produit un réacteur de 900 MW électriques du parc nucléaire d'EDF. Cette première étape était sans doute trop ambitieuse et surtout trop chère, au vu de la conjoncture : déroute économique de la Russie, crise asiatique, attentisme des Européens, réticences du Congrès américain peu enclin à financer des recherches dont les retombées industrielles ne se manifesteraient pas avant des dizaines d'années.

UN PROJET "LIGHT"

"Peut-être aussi, avance Michel Chatelier, adjoint du chef du département sur la fusion contrôlée au CEA de Cadarache, parce qu'à l'époque la description du projet avait été un peu trop enthousiaste". Toujours est-il que les Américains se retirèrent "tout en donnant la priorité à la recherche scientifique sur ce sujet". "Seuls, fait-il remarquer, l'Europe, les Japonais et les Russes ont continué". Sur un mode plus mesuré. Et ils ont demandé au directeur du projet Iter, Robert Aymar, de leur concocter un Iter "light" de 400 à 500 MW, au coût réduit de moitié, aux ambitions révisées, mais à l'objectif intact. Démontrer qu'une telle machine peut produire par elle-même nettement plus d'énergie qu'elle n'en consomme, même si c'est moins que nécessaire pour qu'elle s'autoentretienne comme celle envisagée en 1998.

C'est aujourd'hui à ce produit, "élaboré entre 1998 et 2001", que les Américains et les Chinois se sont ralliés. "Une machine de 400 à 550 MW, précise Robert Aymar, plus modeste dans ses dimensions et dans ses coûts", puisque cet Iter "light" ne devrait réclamer pour sa construction que 4,7 milliards d'euros, dont 700 millions pour le management et la R & D "manufacturière", soit un prix équivalant, aux conditions économiques d'aujourd'hui, à 49,2 % de la machine d'origine.

"Malgré ces économies, poursuit Robert Aymar, nous ne renonçons pas à l'essentiel. Pour cette raison la machine sera plus difficile à faire, car les marges techniques seront plus faibles." Une opinion que Michel Chatelier ne conteste pas, tout en rappelant que "la plupart des objets délicats nécessaires à la construction d'Iter ont déjà été développés". "Nous avons fait nos travaux d'Hercule", poursuit-il, ajoutant qu'aujourd'hui les discussions se focalisent plutôt sur le pays d'accueil de la machine. Avec l'arrivée des Etats-Unis, le jeu risque d'être plus difficile, comme semble le laisser entrevoir le contenu du message du président Bush, qui évoque à ce sujet, non pas l'Europe, mais "la Grande-Bretagne et les autres nations européennes".

Faut-il s'en alarmer et y voir de possibles pressions, unions ou absences de soutien pour tel ou tel qui ne suivrait pas la ligne générale ? Robert Aymar refuse de le croire, mais ajoute que, "si la science devenait dépendante de la situation politique, ce serait un drame et pour la science et pour Iter", dont on espère la mise en service en 2013 au plus tôt, si toutes les décisions sont prises en 2003.

Jean-François Augereau


Cadarache (Bouches-du-Rhône) candidate

Quatre sites ont été proposés. Un à Clarington, au Canada, défendu par un consortium d'industriels qui n'ont pas encore le soutien financier de leur gouvernement. Un à Rokkasho-Mura, au Japon. Et deux en Europe : à Vandellos, en Espagne, et à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône. Tous ont été examinés, et "il serait bon d'avoir un choix à proposer et à confirmer pour le G8 d'Evian au mois de juin", avance un expert français. D'autant qu'à l'automne 2001 les ministres européens de la recherche concernés par ce projet ont fait preuve d'une belle unanimité. "Mais on peut regretter, ajoute-t-il, que la France n'ait pas défendu hier avec plus de force le site qu'elle avait proposé en juillet 2000". Un manque de pugnacité qui a suscité les vocations, et en particulier celle de l'Espagne, avec laquelle il faudra bien composer car l'Europe ne peut présenter qu'un seul candidat.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.02.03
Discours de Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à la Wehrkunde sur l'avenir de l'OTAN.
Munich, le 8 février 2003

Mesdames, messieurs,
Chers amis, chers collègues,

Je remercie le Dr Horst Teltschnik, président de la conférence, de m’avoir invitée à prendre la parole.
Je remercie nos hôtes allemands pour la qualité de l’organisation de cette réunion et nos amis d'outre atlantique qui ont fait un long voyage pour se joindre à nous.
C'est pour moi un plaisir et un honneur d'avoir l’opportunité de parler devant vous de l'avenir de l'OTAN.

Je voudrais vous dire d’emblée, dans cette période où des décisions importantes sont en jeu, que l’attachement de la France à la relation transatlantique est ancien et durable.
En tant que ministre de la défense de la France, l’avenir de l’Alliance atlantique me tient donc particulièrement à cœur.

Trois points m’apparaissent fondamentaux :

  • les coalitions ne peuvent pas remplacer l’Alliance ;
  • l’OTAN doit s’adapter au nouveau contexte ;
  • le renforcement de l’Europe de la défense sera son atout principal pour l’avenir.

***

[1] Tout d’abord L'Alliance reste fondée sur le principe de défense collective qui lie l’Europe à l’Amérique du Nord.

L’Alliance a montré son efficacité.
Elle nous a placé à l’abri de toute agression extérieure.
Elle a permis de franchir la période délicate de la réunification du continent européen.
L’élargissement aux sept nouveaux membres consacre sa dimension pacificatrice.

Mais les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis nous ont rappelé à quel point les risques subsistent.
Ils prennent d’autres formes qui appellent de nouvelles modalités de réponse.

Face aux nouveaux risques, nous devons garder à l'esprit que la défense collective repose sur la capacité à bâtir des solutions communes.
Etre alliés, c'est un statut qui implique le dialogue et le respect des partenaires.
C'est savoir se consulter pour trouver le consensus.
Cela implique aussi un égal partage, dans la durée, des risques et des responsabilités.

A ce titre la France montrera une solidarité absolue envers la Turquie, si elle était menacée.

Or, j'observe qu'un autre mode de relations tend à s'instaurer, à la fois plus conjoncturel et plus précaire, celui de coalitions ad hoc.
Certes, ces coalitions, nous l'avons bien vu en Afghanistan, peuvent apporter une grande efficacité militaire avec de faibles délais de réaction.

Il est sans doute nécessaire, en fonction des circonstances de pouvoir les actionner.

Mais ces coalitions ad hoc ne peuvent en aucun cas se substituer à l’Alliance car elles doivent s’inscrire dans une vision globale et partagée de la sécurité, celle qui, précisément, est élaborée par consensus entre les Alliés.

***

[2] En second lieu, nous avons pris à Prague des décisions importantes pour adapter l'OTAN au nouveau contexte stratégique.
Elles sont de deux ordres :

- D'abord, l’élargissement à sept nouveaux membres a été décidé.
Il faut s'en féliciter. L'Alliance œuvre désormais dans un cadre géographique plus vaste et plus cohérent.
Le Conseil OTAN-Russie a apporté une nouvelle dimension.
Son établissement traduit la transformation radicale du contexte stratégique.
Je m'en réjouis.

L’OTAN reste évidemment une organisation militaire. Elle doit être en mesure de s'adapter en permanence aux nouveaux enjeux de sécurité.

A Prague, une 2ème décision essentielle a été prise: celle de constituer une force de réaction de l'OTAN.

  • La France soutient pleinement ce processus d'adaptation.
    Le président J. Chirac a accueilli favorablement le concept de force de réaction de l’OTAN.
    Il a annoncé la volonté de la France d'y participer sous la condition du respect du statut de nos forces et de la compatibilité avec les engagements pris dans le cadre de l’UE.
    Cela implique, à mes yeux, une égale disponibilité de la NRF au profit des deux organisations, l'OTAN et l'UE.
  • Les grandes lignes d’une structure de commandement plus réactive ont été agréées.
    La France soutient le principe de la création d'un commandement stratégique fonctionnel pour la transformation.
    Cette évolution devra respecter les prérogatives actuelles du commandement stratégique opérationnel.
    Elle devra aussi, et je pense que c'est essentiel, conduire à un échange effectif sur les doctrines et les concepts dans les deux sens entre l'Europe et l'Amérique du Nord, d'une manière décentralisée et non bureaucratique.

    Au plan opérationnel, la vocation de l’alliance est d’abord d’agir en Europe et autour de l’Europe. Le potentiel de crises y est important. C'est là que nous devrons concentrer nos efforts.
    En tout état de cause, le rôle et l'intervention de l'OTAN doivent toujours être déterminés par des facteurs d'opportunité, opérationnels et politiques.

* Enfin, les Alliés ont décidé de renforcer leurs capacités militaires.
Cela implique plus d’investissements de la part des Européens et donc un accroissement de leurs efforts de défense.

La France appuie pleinement cette démarche.
Elle a décidé d’augmenter son budget d’équipement de plus de 10% en 2003.
Elle continuera d’accroître son effort sur toute la période 2003-2008 dans le cadre d’une nouvelle loi de programmation.
Je ne peux qu'encourager mes collègues européens à s'engager résolument dans cet effort difficile mais indispensable de redressement de nos capacités de défense.

***

[3] Je suis convaincue que le renforcement de la politique européenne de sécurité et de défense sera le meilleur atout de l'OTAN.

Dans les Balkans, les Européens ont pris pleinement conscience qu’ils ont non seulement un fort intérêt à rester proches des Américains mais aussi à faire plus d’efforts par eux-mêmes pour contribuer plus efficacement à leur propre sécurité.

L'Union européenne a pris la décision de développer ses capacités militaires et civiles de gestion de crise. La construction de la PESD s’inscrit dans une vision de long terme.
Elle n’est pas conçue pour rivaliser avec l’Alliance qui est fondée sur le lien avec les Etats-Unis.

Cette année, l'objectif d’une force européenne opérationnelle de 60.000 hommes sera réalisé.
Les progrès se poursuivront avec le comblement des lacunes constatées et le développement de nouvelles capacités, avec pour objectif de faire converger progressivement les planifications nationales des Européens.

Le sommet de Paris tenu le 22 janvier à l'occasion du 40ème anniversaire du Traité de l'Elysée a renouvelé les bases de la coopération franco-allemande, en les inscrivant encore plus fortement dans la perspective européenne.
Le sommet franco-britannique du Touquet, le 4 février, a montré que l'esprit de Saint-Malo reste vivace et déterminant pour le développement de l'Europe de la défense.


En devenant moins dépendants et mieux à même d'accepter de vraies responsabilités, les Européens apporteront une contribution plus importante à l'OTAN.
C'est le sens de la démarche que nous avons initiée en proposant la relève de l'OTAN en Macédoine par l’Union européenne.
C'est notre façon de répondre au souci légitime de nos partenaires américains de "partage du fardeau".
Dans mon esprit, l'Europe doit ainsi devenir un partenaire majeur de l’alliance atlantique.

* * *

Finalement, je voudrais souligner que l’OTAN a au moins deux grandes tâches à conduire dans l'avenir :

  • continuer les efforts engagés pour renforcer la stabilité du continent européen,
  • rénover ses structures militaires en les appuyant sur des forces européennes modernisées et adaptées aux nouvelles menaces.

Il s’y ajoute un élément essentiel à mes yeux : l’Alliance doit rester le lieu privilégié de la consultation transatlantique afin que nous soyons, dans le cadre de ses missions, prêts à agir ensemble politiquement et militairement lorsque cela sera nécessaire à la sécurité commune.

L'ancienneté et la profondeur des liens qui unissent tous les pays de l'Alliance constituent un acquis inestimable qu'il faut savoir et vouloir préserver pour faire face aux défis et aux menaces qu'il nous faudra affronter.

 


 

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-11 13:22:45
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Mardi 4 février 2003

ANGLETERRE-FRANCE
FRANCE - ROYAUME-UNI

Le 25è sommet
franco-britannique

Jacques Chirac et Tony Blair se rencontrent sur fond de tension à propos de l'Irak. La réforme des institutions européennes est aussi au menu.


Chirac et Blair au Touquet (AP)
 



Le président français Jacques Chirac et le Premier ministre britannique Tony Blair ont ouvert ensemble mardi peu après 11h au Touquet (Pas-de-Calais) le 25e sommet franco-britannique, dont les débats devraient être dominés par la crise irakienne.
MM. Chirac et Blair ont passé côte à côte les troupes en revue, avant d'aller à la rencontre des quelques centaines de personnes qui avaient bravé le froid pour assister à la cérémonie. Quelques minutes auparavant, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, arrivé en même que la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, celui des Affaires étrangères Dominique de Villepin et celui de l'Education Luc Ferry, s'était également offert un court bain de foule. "Raffarin, Raffarin!", scandaient quelques spectateurs.
Jacques Chirac, Tony Blair et Jean-Pierre Raffarin se sont ensuite engouffrés dans l'Hôtel de Ville où ils devaient s'entretenir jusqu'à la mi-journée. Après un déjeuner de travail à l'Hôtel Westminster, Français et Britanniques doivent se retrouver en séance plénière peu après 15h au Palais de l'Europe.

PAC et Irak

Au menu de ce sommet, qui avait été reporté de trois mois en raison d'une brouille entre Paris et Londres autour de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) en décembre dernier, figurent la réforme des institutions européennes, mais aussi la préparation des festivités du centième anniversaire de "l'entente cordiale" en 2004.
Mais les débats devraient surtout être dominés mardi par la question irakienne, à la veille de l'intervention du secrétaire d'Etat américain Colin Powell devant l'ONU, au cours de laquelle il doit présenter des "preuves" sur le réarmement irakien. Quelque 230 journalistes avaient fait le déplacement mardi au Touquet.
Après avoir rencontré le président américain George W. Bush à Washington, Tony Blair devrait tenter mardi de rallier le président Jacques Chirac à l'idée d'une seconde résolution de l'ONU sur ce dossier.
La Grande-Bretagne veut que le Conseil de sécurité des Nations unies vote une deuxième résolution qui autoriserait une intervention militaire en Irak pour que l'autorité de l'organisme international soit "renforcée", a confirmé mardi sur RTL Denis MacShane, le ministre britannique délégué aux Affaires européennes.
"A la fin, il y a une seule question: qui va sortir gagnant de ce conflit? Soit Saddam Hussein, qui tâche d'organiser le soutien pour le terrorisme et qui, on le sait, a des armes biologiques et chimiques, ou bien les Nations unies", a-t-il estimé, avant de préciser: "Moi, en tant qu'ami de la France, je trouve difficile à croire que la France ne va pas soutenir, à la fin, l'autorité des Nations unies".
Paris a jusque-là toujours défendu l'idée d'une poursuite des inspections, estimant qu'une intervention armée ne pouvait ne constituer qu'un "ultime recours".

Sangatte

Restent les sujets sur lesquels Londres et Paris devraient pouvoir s'accorder sans peine.
La fermeture du camp de réfugiés de Sangatte, d'où partaient chaque jour des dizaines de candidats à l'émigration en Grande-Bretagne, mais aussi la levée de l'embargo sur la viande bovine britannique, après des années de résistance française, devraient faire fleurir les sourires au Touquet.
Tout comme la préparation du centenaire de l'"Entente cordiale" conclu en 1904, à l'aube du XXe siècle pour refermer la page d'un XIXe siècle de rivalités entre les deux puissances coloniales. Un anniversaire qui devrait toutefois être célébré avec une discrétion de bon aloi, en raison des turbulences entre Paris et Londres. (avec AP)

FRANCE - ROYAUME-UNI

Mugabe invité à Paris
avec l'accord de Londres

Selon Le Monde, l'invitation du président zimbabwéen à Paris - qui avait suscité l'émoi du gouvernement britannique - a été en réalité négociée entre la France et la Grande-Bretagne.


Robert Mugabe (AP)
 


La venue du président zimbabwéen Robert Mugabe au sommet France-Afrique les 20 et 21 février prochains à Paris, une invitation qui a soulevé la polémique en Grande-Bretagne puis l'émoi du gouvernement britannique, a été en réalité négociée entre la France et la Grande-Bretagne, rapporte le quotidien Le Monde dans son édition daté de mardi.
Selon le quotidien du soir, le premier ministre Tony Blair et le président français Jacques Chirac avaient évoqué la venue de Robert Mugabe à Paris lors du "sommet européen de Copenhague, les 12 et 13 décembre". "Blair informé, nous avons fait savoir à Mugabe, le 20 décembre, qu'on souhaitait sa venue au sommet franco-africain", indique une source à l'Elysée, cité par Le Monde.

Pressions

Toujours selon le quotidien, "le 7 janvier, l'invitation formelle est transmise au chef de l'Etat zimbabwéen" d'assister au sommet France-Afrique, alors que "les ministres français et britannique des Affaires étrangères fixent dans ses détails l'accord au sujet du Zimbabwe".
"Seulement, sous la pression de son opinion publique, de l'opposition conservatrice, mais aussi de militants dans ses propres rangs, le gouvernement britannique n'a pas assumé le marchandage conclu avec les autorités françaises...", écrit Le Monde.
Un porte-parole du cabinet de Tony Blair a vigourousement démenti l'article du Monde, affirmant qu'il n'y avait eu aucun accord entre le Premier ministre britannique et Jacques Chirac au sujet de Mugabe, car une telle question nécessite une décision prise à l'unanimité par l'ensemble des 15 pays membres de l'UE.

Télégramme diplomatique

Mais Le Monde cite et reproduit des extraits d'un télégramme diplomatique du Quai d'Orsay, daté du 7 janvier, montrant que les deux ministres des Affaires étrangères français et britannique, Dominique de Villepin et Jack Straw, ont réglé trois questions: "l'invitation de M. Mugabe à Paris, puis à Lisbonne où doit se tenir, le 3 avril, un sommet euro-africain et, enfin, la reconduction pour un an des sanctions en vigueur depuis le 18 février 2002", qui interdisent au président zimbabwéen de se rendre dans un pays de l'Union européenne.
"Quand l'invitation à Paris de Robert Mugabe est révélée dans la presse britannique, puis confirmée par les autorités françaises, le 23 janvier, Tony Blair et Jack Straw n'ont pas le courage de reconnaître que ce n'est pas une nouvelle pour eux", conclut Le Monde. (AP)


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-04 07:18:51
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INTERNATIONAL par ERIC JL BRETON - EUROPE